0aurobindo***SRI AUROBINDO (1872-1950)***

Sri Aurobindo fut à la fois un penseur, un maître spirituel, un poète et un révolutionnaire nationaliste,demeure aujourd'hui encore le plus fascinant et le plus énigmatique leader de l'Inde moderne. Il laisse Une œuvre littéraire considérable, qui englobe des domaines variés : spiritualité, philosophie, poésie, histoire, culture, linguistique, sociologie, théâtre et critique littéraire...

 

 

 Aphorisme...   ***Les idéalistes s'égarent ; ce n'est pas le Mental qui a créé les mondes, mais ce qui a créé le mental a créé les mondes aussi. Le mental voit mal parce qu'il voit partiellement et seulement des détails de ce qui est créé*** 

Sri Aurobindo né à Calcutta le 15 Août 1872,Il meurt le 5 décembre 1950.A l'âge de sept ans, ses parents le conduisent en Angleterre. En 1889, obtenant une bourse d'étude de lettres classiques, décernée par la St Paul's School de Londres, il entre à l'Université de Cambridge.Il y réussit brillamment ses études, ce qui lui donne la possibilité d'entrer dans l'administration civile de l'Inde. Il refuse alors de se présenter au concours d'équitation, ce qui lui vaut d'être éliminé.En 1893, il retourne néanmoins en Inde, et entre dans les services administratifs de la principauté de Barodâ, poste qui lui avait été proposé par le Gaëkwar, prince de Barodâ, lors d'une rencontre en Angleterre.Tout en conservant ce poste, il devient professeur au Collège de Barodâ (de français puis d'anglais). ll prend ensuite la direction par intérim de l'établissement. Durant cette période, il se perfectionne en sancrit et apprend d'autres langues indiennes...

1905: Partition du Bengale: il quitte l'année suivante Barodâ pour rejoindre Calcutta en tant que directeur du National College du Bengale.Il s'engage activement dans la politique et se fait connaître dans l'Inde entière par ses éditoriaux dans le journal Bande Mâtaram en tant que porte-parole du parti nationaliste.Il prime alors une propagande révolutionnaire visant à convertir le peuple à l'indépendance en sapant les fondements du gouvernement britannique. Non-coopération et résistance passive sont ses armes principales.En 1908 soupçonné d'être mêlé à une affaire de fabrication de bombes il est incarcéré à la prison d'Alipore. Ce séjour en prison durera un an, mais sera le tournant de sa vie.

Il se plonge dans la méditation et le yoga. De sa vie intérieure et de ses préoccupations spirituelles déboucheront une philosophie plus large que ses objectifs initiaux. De la libération de l'Inde, il passe à une philosophie axée sur l'avenir de l'homme, l'âge nouveau de l'Esprit et l'apparition d'une espèce nouvelle.Recherché par la police, il se cache deux mois au comptoir français de Chandernagor, près de Calcutta avant de s'embarquer pour Pondichery à bord du Dupleix.Il y arrive le 4 Avril 1910 pour rompre avec sa vie passée et s'absorber dans la pratique du Yoga.En Août 1920, il décline l'offre à présider le Congrès National Indien, et refuse de revenir à la vie politique. Il sort toutefois à deux reprises de cette retraite en 1940 et en 1942, date à laquelle il conseille aux dirigeants du pays d'accepter l 'offre d'indépendance de Sir Stafford Cripps...

 

Sri Aurobindo disparaît le 5 décembre 1950 à Pondichery après avoir, à partir de 1926 interrompu tout contact direct avec ses disciples et n'être plus apparu en public que trois ou quatre fois par an.Ces années passées à Pondichery ont été consacrées à la rédaction de l'Ayra, revue de synthèse philosophique, à une abondante correspondance avec ses disciples, et à la composition d'un grand poème épique: "Savitri".Se retirant en 1926, Sri Aurobindo confia la responsabilité de l'Ashram à la Mère: une française, Mirra Alfassa née à Paris, le 21 Février 1878 et arrivée à Pondichery en mars 1914. Après la disparition de Sri Aurobindo, la Mère poursuivit l'oeuvre commune jusqu 'au 17 novembre 1973...

 



L'Ashram de Sri Aurobindo... 
L'Ashram de Sri Aurobindo a réellement vu le jour en 1926. Composé à l'origine de quelques bâtiments, il s'est étendu peu à peu dans de multiples directions. Le point central de la communauté reste la maison où la Mère et Sri Aurobindo ont résidé, Rue de la Marine.

L'Ashram compte actuellement plus de 2.000 membres, venus de toutes les parties de l'Inde et de l'étranger. Ces membres travaillent à dispenser la pensée de Sri Aurobindo et de la Mère.

En 1953 la Mère a créé le Centre International d'éducation Sri Aurobindo à Pondichery une expérience nouvelle et audacieuse dans le domaine de l'éducation. Le français est l'une des principales langues étudiées.
Le 28 février 1968, la Mère fonde la communauté d'Auroville située à quelques kilomètres de Pondichery. Elle réalise ainsi son rêve de voir un endroit dans le monde où tous les êtres de bonne volonté, sincères dans leurs aspirations pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la vérité Suprême, un lieu de paix, de concorde et d'harmonie...

 

***Sri Aurobindo et l’avenir de la terre***

Parfois, une grande Pensée errante voit les âges encore inaccomplis, saisit la Force dans sa coulée éternelle et précipite sur la terre la vision puissante qui est comme un pouvoir de rendre réel ce qu’elle voit  le monde est une vision qui devient vraie, son passé et son présent ne sont pas vraiment le résultat d’une obscure poussée qui remonte du fond des temps, d’une lente accumulation de sédiments qui peu à peu nous façonnent et nous étouffent et nous enferment  mais la puissante attraction dorée du Futur qui nous tire malgré nous, comme le Soleil tire le lotus de la boue, et nous contraint à une gloire plus grande que ni notre boue ni nos efforts ni nos triomphes du présent ne pouvaient prévoir ni créer...


Sri Aurobindo est cette vision et ce pouvoir de précipiter le Futur dans le présent. Un instant, il a vu, et ce qu’il a vu, des âges vont l’accomplir et des millions d’hommes, sans savoir, vont se mettre en quête de l’imperceptible frémissement nouveau qui a envahi l’atmosphère de la terre. Ainsi, d’âge en âge, de grands êtres viennent parmi nous ouvrir un grand pan de Vérité dans le sépulcre du passé. Et ces êtres-là, en vérité, sont les grands destructeurs du passé, ils viennent avec l’épée de la Connaissance et brisent en miettes nos fragiles empires.Cette année, nous allons célébrer le centenaire de Sri Aurobindo  il est à peine connu d’une poignée d’hommes, et pourtant son nom retentira encore quand nos grands hommes d’aujourd’hui ou d’hier seront ensevelis sous leurs propres décombres. Son œuvre est discutée des philosophes, louée par des poètes, on parle de sa vision sociologique, de son yoga mais Sri Aurobindo est une Action Vivante, une Parole qui se réalise, et nous pouvons chaque jour, sous les mille circonstances qui semblent déchirer la terre et renverser ses structures, voir le premier reflux de la Force qu’il a mise en branle. Au début de ce siècle, quand l’Inde se battait encore contre la domination britannique, Sri Aurobindo s’écriait: «Ce n’est pas seulement une révolte contre l’empire britannique qui est nécessaire, mais une révolte contre la Nature Universelle tout entière!»


Car le problème est fondamental. Il ne s’agit pas d’apporter une philosophie nouvelle au monde ni de nouvelles idées ni des illuminations soi-disant. Il ne s’agit pas de rendre la Prison plus habitable ni de doter l’homme de pouvoirs toujours plus fantastiques armé de ses microscopes et télescopes, le gnome humain reste gnome, douloureux et impuissant; nous envoyons des fusées sur la lune, mais nous ne connaissons pas notre propre coeur. Il s'agit,dit Sri Aurobindo,de «créer une nouvelle nature physique qui sera l’habitation d’un être supramental au sein d’une nouvelle évolution.» Car, en vérité, dit-il, «l’imperfection de l’homme n’est pas le dernier mot de la Nature, mais sa perfection non plus n’est pas le dernier pic de l’Esprit.» Par-delà l’homme mental que nous sommes, s’ouvre la possibilité d’un autre être qui prendra la tête de l’évolution, comme un jour l’homme a pris la tête de l’évolution parmi les singes. «Si l’animal, dit Sri Aurobindo, est un laboratoire vivant au sein duquel la Nature a, dit-on, façonné l’homme, l’homme lui-même est peut-être bien aussi un laboratoire vivant et pensant au sein duquel, et avec la coopération consciente duquel, la Nature façonnera le surhomme, le dieu.» Et Sri Aurobindo vient nous dire comment faire cet autre être, cet être supramental  et non seulement nous le dire, mais le faire, ouvrir le chemin de l’avenir, précipiter sur la terre le rythme de l’évolution, la vibration nouvelle qui remplacera la vibration mentale, comme une pensée, un jour, est venue troubler la lente routine des bêtes, et nous donnera le pouvoir de briser les murs de notre prison humaine...


Et elle craque déjà, notre prison: «La fin d’un stade de l’évolution, annonçait Sri Aurobindo, est généralement marquée par une puissante recrudescence de tout ce qui doit sortir de l’évolution.» Cet éclatement paroxystique de toutes les vieilles formes, nous le voyons partout autour de nous nos frontières, nos Églises, nos lois, nos morales s’écroulent de tous les côtés. Et elles ne s’écroulent pas parce que nous sommes méchants, immoraux, irreligieux, ni parce que nous ne sommes pas assez rationnels, pas assez savants, pas assez humains mais parce que nous en avons fini d’être humains! Fini de la vieille mécanique parce que nous sommes en transition vers autre chose. Ce n’est pas une crise morale que traverse la terre, c’est une «crise évolutive». Nous ne sommes pas en marche vers un monde meilleur  ni pire,nous sommes en pleine Mutation vers un monde radicalement différent, aussi différent que le monde de l’homme pouvait l’être du monde des singes au Tertiaire. Nous entrons dans une nouvelle ère, dans un quinquennaire supramental. On quitte son pays, on erre sur les routes, on se met en quête de drogues, en quête d’aventure, on fait des grèves ici, des réformes-là et des révolutions encore mais en fait, il n’y a rien de tout cela. On est en quête de l’être nouveau, sans le savoir, on est en pleine révolution humaine...
Et Sri Aurobindo nous donne la clef. Il est possible que le sens de notre propre révolution nous échappe parce que nous voulons prolonger l’existant  le raffiner, l’améliorer, le sublimer. Mais le singe, lorsqu’il était en pleine révolution simiesque pour produire un homme, aurait peut-être commis la même erreur; il aurait peut-être voulu faire un super-singe, capable de mieux grimper aux arbres, mieux chasser, mieux courir, doté de plus d’agilité et plus de malice. Nous aussi, avec Nietzsche, nous avons voulu faire un «surhomme», qui n’était qu’un super-homme; ou avec les spiritualistes faire un super-saint, mieux doté de vertu et de sagesse. Mais nous n’avons que faire de la sagesse et de la vertu humaines! Même poussées à leur paroxysme, c’est encore la vieille pauvreté dorée, l’envers glorieux de notre tenace misère: «La surhumanité, dit Sri Aurobindo, n’est pas l’homme grimpé à son zénith naturel, pas un degré supérieur de la grandeur humaine, de la connaissance, du pouvoir, de l’intelligence, de la volonté... du génie... de la sainteté, de l’amour, la pureté ou la perfection humaines.» C’est autre chose, une autre vibration d’être, une autre Conscience...


Mais si cette conscience ne se situe pas sur les sommets de l’humain, où donc la trouverons-nous? Peut-être, tout simplement, dans ce que nous avons le plus négligé depuis que nous sommes entrés dans le cycle mental  le corps. C’est notre base, notre fondement évolutif, la vieille souche à laquelle nous revenons toujours, et qui se rappelle douloureusement à nous en nous faisant souffrir, vieillir, mourir. «Cette imperfection même, assure Sri Aurobindo, recèle l’élan vers une perfection plus haute et plus complète. Elle contient l’ultime fini, qui pourtant aspire au Suprême Infini. Dieu est enfermé dans la boue mais le fait même de cet emprisonnement impose la nécessité de faire un trou dans la prison.»C’est là, le vieux Mal jamais guéri, la racine jamais changée, l’obscure matrice de notre misère, à peine différente de ce qu’elle était du temps des lémuriens. C’est cette substance physique qu’il faut transformer, sinon elle jettera bas, l’un après l’autre, tous les artifices humains ou surhumains que nous voudrons coller dessus...

Ce corps, cette substance physique, cellulaire, contient «des pouvoirs tout-puissants», une conscience muette qui possède toutes les lumières et toutes les infinitudes, autant que les immensités mentales et spirituelles car, en vérité, tout est Divin, et si le Seigneur des Univers n’est pas dans une seule toute petite cellule, il n’est nulle part. C’est cette obscure Prison originelle, cellulaire, qu’il faut briser; et tant que nous ne briserons pas celle-là, nous continuerons à tourner en vain dans les cercles d’or, ou de fer, de notre prison mentale. «Les soi-disant lois absolues de la Nature, dit Sri Aurobindo sont simplement un équilibre établi par la Nature, un sillon dans lequel elle s’est habituée à travailler afin d’obtenir certains résultats. Mais si vous changez de conscience, le sillon changera aussi, inévitablement...»


Telle est la nouvelle aventure à laquelle Sri Aurobindo nous convie, une aventure dans l’inconnu de l’homme. Bon gré, mal gré, la terre entière est en train de passer dans un nouveau sillon mais pourquoi pas de bon gré? Pourquoi ne collaborerions-nous pas à cette aventure jamais courue, à notre propre évolution au lieu de répéter mille fois la vieille histoire, au lieu de courir après des paradis artificiels qui n’étancheront jamais notre soif, ou des paradis de l’au-delà qui laissent la terre pourrir avec nos corps. «Pourquoi commencer si c est pour en sortir! s’écriait la Mère, qui continue l’œuvre de Sri Aurobindo. À quoi sert-il d’avoir tant lutté, tant souffert, d’avoir créé quelque chose qui, dans son apparence extérieure au moins, est si tragique et dramatique, si c’est simplement pour vous apprendre à en sortir  il aurait mieux valu ne pas commencer! L’évolution n’est pas un chemin tortueux pour en revenir un peu meurtri au point de départ; c’est, tout au contraire, dit la Mère, pour apprendre à la création totale la joie d’être, la beauté d’être, la grandeur d’être, la majesté d’une vie sublime, et le développement perpétuel, perpétuellement progressif, de cette joie, de cette beauté, de cette grandeur alors, tout a un sens...»


Ce corps, cette obscure bête de somme que nous habitons, est le terrain d’expérience du yoga de Sri Aurobindo qui est un yoga de la terre entière, car on peut comprendre que si un seul être parmi nos millions de souffrances, arrive à opérer le saltus évolutif, la mutation du prochain âge, la face de la terre s’en trouvera radicalement changée et tous les soi-disant pouvoirs dont nous nous glorifions aujourd’hui apparaîtront comme des jeux d’enfant devant ce rayonnement de l’esprit tout-puissant incarné dans un corps. Sri Aurobindo nous dit que c’est possible non seulement que c’est possible, mais que ça se fera. C’est en train de se faire. Et tout dépend, peut-être, non pas tant d’un effort sublime de l’humain pour transcender ses limites  car c’est encore employer nos propres forces humaines pour nous délivrer des forces humaines,que d’un appel, d’un cri conscient de la terre vers cet être nouveau, qu’elle porte déjà en elle-même. Tout est là, déjà, dans noscoeurs la Suprême Source qui est le Suprême Pouvoir mais il faut que nous l’appelions dans notre forêt de béton, il faut que nous comprenions notre sens, il faut que le cri multiplié de la terre, de ces millions d’hommes qui n’en peuvent plus, n’en veulent plus de leur prison, crée une faille par où jaillira la vibration nouvelle...

Alors, toutes ces lois apparemment inéluctables qui nous enfermaient dans leur sillon héréditaire et scientifique s’écrouleront devant la Joie des «fils aux yeux de soleil». «N’espérez rien de la mort, dit la Mère, la vie est votre salut. C’est en elle qu’il faut se transformer. C’est sur terre qu’on progresse, c’est sur terre qu’on réalise. C’est dans le corps qu’on remporte la Victoire...»«Et ne laisse point la prudence du monde murmurer à tes oreilles, dit Sri Aurobindo, car c’est l’heure de l’inattendu...»Satprem Pondichéry, le 9 décembre 1971...Ce texte a été écrit pour All India Radio, émission du 5 février 1972, à l'occasion du Centenaire de Sri Aurobindo...

Source...http://www.aurobindo.ru/workings/satprem/sri_aurobindo_et_l-avenir_de_la_terre_f.htm

 

 

***Aperçus et Pensées***Sri Aurobindo***

***Le But***

 
Quand nous avons dépassé les savoirs, alors nous avons la
Connaissance. La raison fut une aide ; la raison est l’entrave.
Quand nous avons dépassé les velléités, alors nous avons le
Pouvoir. L’effort fut une aide ; l’effort est l’entrave.
 
Quand nous avons dépassé les jouissances, alors nous avons
la Béatitude. Le désir fut une aide ; le désir est l’entrave.
Quand nous avons dépassé l’individualisation, alors nous
sommes des Personnes réelles. L’ego fut une aide ; l’ego est
l’entrave.
 
Quand nous dépasserons l’humanité, alors nous serons
l’Homme. L’animal fut une aide ; l’animal est l’entrave.
Transforme ta raison en une intuition ordonnée ; que tout en
toi soit lumière. Tel est ton but.
Transforme l’effort en un flot égal et souverain de force
d’âme ; que tout en toi soit force consciente. Tel est ton but.
Transforme la jouissance en une extase égale et sans objet ;
que tout en toi soit félicité. Tel est ton but.
 
Transforme l’individu divisé en la personnalité cosmique ;
que tout en toi soit divin. Tel est ton but.
Transforme l’animal en le conducteur des troupeaux ; que
tout en toi soit Krishna. Tel est ton but.
 
Ce que je ne puis faire maintenant est le signe de ce que je
ferai plus tard. Le sens de l’impossibilité est le commencement
de toutes les possibilités. C’est parce que cet univers temporel
était un paradoxe et une impossibilité que l’Éternel l’a créé de
Son être.
 
L’impossibilité est simplement une somme de possibilités
plus grandes encore irréalisées. Elle voile une étape plus avancée,
un voyage encore inaccompli.
 
Si tu veux que l’humanité progresse, jette bas toute idée
préconçue. Ainsi frappée, la pensée s’éveille et devient créatrice.
Sinon elle se fixe dans une répétition mécanique qu’elle
confond avec son activité véritable.
 
Tourner sur son axe n’est pas le seul mouvement pour l’âme
humaine. Il y a aussi la gravitation autour du Soleil d’une illumination inépuisable.
 
Prends d’abord conscience de toi-même au-dedans, puis pense et agis. Toute pensée vivante est un monde en préparation; tout acte réel est une pensée manifestée. Le monde matériel existe parce qu’une Idée se mit à jouer dans la conscience divine.
 
La pensée n’est pas essentielle à l’existence et n’en est pas la
cause, mais c’est un instrument pour devenir : je deviens ce que
je vois en moi-même. Tout ce que la pensée me suggère, je puis
le faire ; tout ce que la pensée révèle en moi, je puis le devenir.
Telle devrait être l’inébranlable foi de l’homme en lui-même,
car Dieu habite en lui.
 
Notre tâche n’est pas de toujours répéter ce que l’homme a déjà
fait, mais de parvenir à de nouvelles réalisations, à des maîtrises
dont nous n’avons pas encore rêvé. Le temps, l’âme et le monde
nous sont donnés comme champ d’action ; la vision, l’espoir et
l’imagination créatrice nous servent d’inspirateurs ; la volonté, la
pensée et le labeur sont nos très efficaces instruments.
 
Qu’y a-t-il de nouveau que nous ayons à accomplir ? L’Amour,
car jusqu’à présent nous n’avons accompli que la haine et notre
propre satisfaction ; la Connaissance, car jusqu’à présent nous
ne savons que faire erreur, percevoir et concevoir ; la Félicité,
car jusqu’à présent nous n’avons trouvé que le plaisir, la douleur
et l’indifférence ; le Pouvoir, car jusqu’à présent nous n’avons
accompli que la faiblesse, l’effort et une victoire toujours
défaite ; la Vie, car jusqu’à présent nous ne savons que naître,
grandir et mourir ; l’Unité, car jusqu’à présent nous n’avons
accompli que la guerre et l’association.
 
En un mot, la divinité : nous refaire à l’image du Divin.
 
 
 
***La Joie d’Être***
 
Si Brahman n’était qu’une abstraction impersonnelle contredisant
éternellement le fait apparent de notre existence concrète,
l’annihilation serait la juste fin de l’affaire ; mais l’amour, la joie
et la conscience de soi ont aussi leur place.
 
L’univers n’est pas simplement une formule mathématique
destinée à élaborer la relation de certaines abstractions mentales
appelées nombres et principes, pour aboutir finalement à un
zéro ou à une unité vide ; ce n’est pas davantage une simple
opération physique exprimant une certaine équation de forces.
C’est la joie d’un Dieu amoureux de lui-même, le jeu d’un
Enfant, l’inépuisable multiplication de soi d’un Poète enivré
par l’extase de son propre pouvoir de création sans fin.
 
Nous pouvons parler du Suprême comme d’un mathématicien
traduisant en nombres un calcul cosmique, ou comme
d’un penseur qui résout par expérimentation un problème
de relation de principes et d’équilibre de forces. Mais nous
devrions aussi parler de Lui comme de l’amant, du musicien
des harmonies particulières et universelles, comme de l’enfant,
du poète. Il ne suffit pas de comprendre son aspect de pensée ;
il faut encore saisir entièrement son aspect de joie. Les idées,
les forces, les existences, les principes sont des moules creux, à
moins qu’ils ne soient remplis du souffle de la joie de Dieu.
 
Ces choses sont des images, mais tout est image. Les abstractions
nous donnent la pure conception des vérités de Dieu ; les
images nous donnent leur réalité vivante.
Si l’Idée embrassant la Force engendra les mondes, la Joie
d’Être engendra l’Idée. C’est parce que l’Infini conçut en
lui‑même une innombrable joie que les mondes et les univers
prirent naissance.
 
La conscience d’être et la joie d’être sont les premiers parents.
Elles sont aussi les ultimes transcendances. L’inconscience n’est
qu’un intervalle d’évanouissement de la conscience ou son obscur
sommeil ; la douleur et l’extinction de soi ne sont que la
joie d’être se fuyant elle-même afin de se retrouver ailleurs ou
autrement.
 
La joie d’être n’est pas limitée dans le temps ; elle est sans fin ni
commencement. Dieu ne sort d’une forme que pour entrer dans
une autre.
 
Après tout, qu’est Dieu ? Un éternel enfant jouant un jeu
éternel dans un éternel jardin...
Source...
 
***L’Homme, le Purusha***
 
Dieu ne peut cesser de se pencher vers la Nature, ni l’homme
d’aspirer à la divinité. C’est la relation éternelle du fini à l’infini.
Quand ils semblent se détourner l’un de l’autre, c’est pour
s’élancer vers une plus intime rencontre.
 
Dans l’homme, la nature du monde redevient consciente de
soi afin de faire un plus grand bond vers son Possesseur. C’est ce
Possesseur que, sans le savoir, elle possède, que la vie et la sensation
nient, tout en le possédant, et cherchent, tout en le niant.
Si la nature du monde ne connaît pas Dieu, c’est qu’elle ne se
connaît pas elle-même ; quand elle se connaîtra elle-même, elle
connaîtra une joie d’être sans mélange.
 
Posséder dans l’unité et non se perdre dans l’unité, tel est
le secret. Dieu et l’homme, le monde et l’au-delà deviennent
un quand ils se connaissent l’un l’autre. Leur division est la
cause de l’ignorance, de même que l’ignorance est la cause de
la souffrance.
 
Tout d’abord, l’homme cherche aveuglément, et il ne sait
même pas qu’il cherche son moi divin, car son point de départ
est l’obscurité de la Nature matérielle, et même quand il
commence à voir, il reste longtemps aveuglé par la lumière qui
croît en lui. Dieu aussi ne répond qu’obscurément à sa quête ;
il recherche l’aveuglement de l’homme et en jouit comme des
mains d’un petit enfant qui tâtonne vers sa mère.
 
Dieu et la Nature sont comme un garçon et une fille qui
jouent, amoureux l’un de l’autre. Ils se cachent et s’enfuient
quand ils s’aperçoivent, afin de pouvoir se chercher, se poursuivre
et se capturer.
 
L’homme est Dieu se cachant de la Nature pour pouvoir la
posséder par la lutte, l’obstination, la violence, la surprise. Dieu
est l’Homme universel et transcendant qui, dans l’être humain,
se cache à sa propre individualité.
 
L’animal est l’Homme déguisé sous une peau velue et marchant
à quatre pattes. Le ver est l’Homme qui se tortille et
rampe vers le développement de son humanité. Même les
formes brutes de la matière sont l’Homme dans un corps rudimentaire.
Toutes choses sont l’Homme, le Purusha.
 
Car, que voulons-nous dire par Homme ? Une âme incréée
et indestructible qui a fait sa demeure dans un mental et un
corps créés de ses propres éléments.
 
 
***La Fin***
 
La rencontre de l’homme et de Dieu suppose toujours une
pénétration, une entrée du divin dans l’humain et une immersion
de l’homme dans la Divinité.
 
Mais cette immersion n’est pas une espèce d’annihilation.
L’extinction n’est pas l’aboutissement de toute cette recherche
et cette passion, cette souffrance et cette extase. Le jeu n’aurait
jamais commencé si telle devait en être la fin.
 
La joie est le secret. Apprends la joie pure et tu apprendras
Dieu.
 
Quel fut donc le commencement de toute l’histoire ? Une
existence qui s’est multipliée pour la seule joie d’être et qui s’est
plongée en d’innombrables milliards de formes afin de pouvoir
se retrouver elle-même innombrablement.
 
Et quel en est le milieu ? Une division qui tend vers une unité
multiple, une ignorance qui peine vers le torrent d’une lumière
variée, une douleur en travail pour arriver au contact d’une
extase inimaginable. Car toutes ces choses sont des formes obscures
et des vibrations perverties.
 
Et quelle sera la fin de toute l’histoire ? Si le miel pouvait
se goûter lui-même et goûter toutes ses gouttes à la fois, et si
toutes ses gouttes pouvaient se goûter l’une l’autre, et chacune
goûter le rayon tout entier comme elle-même, telle serait la fin
pour Dieu, pour l’âme de l’homme et l’univers.
 
L’Amour est la tonique, la Joie est la mélodie, le Pouvoir est
l’accord, la Connaissance est l’exécutant, le Tout infini est à la
fois le compositeur et l’auditoire. Nous connaissons seulement
les discordances préliminaires, qui sont aussi terribles que l’harmonie sera grande ; mais nous arriverons sûrement à la fugue
des divines béatitudes.
 
***Les Chaînes***
 
Le monde entier aspire à la liberté, et pourtant chaque créature
est amoureuse de ses chaînes. Tel est le premier paradoxe
et l’inextricable nœud de notre nature.
 
L’homme est amoureux des liens de la naissance ; aussi se
trouve-t-il pris dans les liens jumeaux de la mort. Dans ces
chaînes, il aspire à la liberté de son être et à la maîtrise de son
accomplissement.
 
L’homme est amoureux du pouvoir ; aussi est-il soumis à la
faiblesse. Car le monde est une mer et ses vagues de force se
heurtent et déferlent sans cesse les unes contre les autres ; celui
qui veut chevaucher la crête d’une seule vague doit s’effondrer
sous le choc de cent autres.
 
L’homme est amoureux du plaisir ; aussi doit-il subir le
joug du chagrin et de la douleur. Car la félicité sans mélange
n’existe que pour l’âme libre et sans passion ; mais ce qui
poursuit le plaisir dans l’homme est une énergie qui souffre
et qui peine.
 
L’homme est assoiffé de calme, mais il a faim aussi des
expériences d’un mental agité et d’un cœur inquiet. Pour son
mental, la jouissance est une fièvre, le calme, une monotone
inertie.
 
L’homme est amoureux des limitations de son être physique,
et cependant il voudrait avoir aussi la liberté de son esprit infini
et de son âme immortelle.
Et quelque chose en lui éprouve une étrange attraction pour
ces contrastes. Pour son être mental, ils constituent l’intensité
artistique de la vie. Ce n’est pas seulement le nectar, mais le
poison aussi qui attire son goût et sa curiosité.
 
Il existe une signification pour toutes ces choses et une délivrance
de toutes ces contradictions. Dans ses combinaisons les plus folles, la Nature suit une méthode, et ses nœuds les plus inextricables ont leur dénouement.
 
La mort est la question que la Nature pose continuellement
à la vie pour lui rappeler qu’elle ne s’est pas encore trouvée
elle-même. Sans l’assaut de la mort, la créature serait liée pour
toujours à une forme de vie imparfaite. Poursuivie par la mort,
elle s’éveille à l’idée d’une vie parfaite et en cherche les moyens
et la possibilité.
 
La faiblesse pose la même épreuve et la même question aux
forces, aux énergies et aux grandeurs dont nous nous glorifions.
Le pouvoir est le jeu de la vie ; il en donne la mesure et révèle
la valeur de son expression. La faiblesse est le jeu de la mort qui
poursuit la vie dans son mouvement et fait sentir les limites de
l’énergie qu’elle a acquise.
 
Par la douleur et le chagrin, la Nature rappelle à l’âme que
les plaisirs dont elle jouit sont seulement un faible reflet de
la joie réelle de l’existence. Chaque souffrance, chaque torture
de notre être contient le secret d’une flamme d’extase devant
laquelle nos plus grandes jouissances sont comme des lueurs
vacillantes. C’est ce secret qui fait l’attraction de l’âme pour
les grandes épreuves, pour les souffrances et les expériences
terribles de la vie, alors même que notre mental nerveux les
abomine et les fuit.
 
L’agitation fébrile et le prompt épuisement de notre être actif
et de ses instruments d’action sont un signe de la Nature que
le calme est notre vrai fondement et que l’excitation est une
maladie de l’âme. La stérilité et la monotonie du calme pur et
simple sont aussi le signe de la Nature que le jeu de l’action sur
cette base inaltérable est ce qu’elle attend de nous. Dieu joue à
jamais et n’est pas troublé.
 
Les limitations du corps sont un moule ; l’âme et le mental
doivent se verser en elles, les briser et les refaçonner constamment
en de plus vastes limites, jusqu’à ce que soit trouvée la
formule d’accord entre cette finitude et leur propre infinité.
La liberté est la loi de l’être en son unité illimitable, le maître
secret de la Nature tout entière. La servitude est la loi de l’amour
en l’être qui se donne volontairement pour servir le jeu de ses
autres « moi » dans la multiplicité.
 
Quand la liberté travaille dans les chaînes et quand la servitude
devient une loi de la Force et non de l’Amour, la vraie
nature des choses est déformée et le mensonge gouverne l’action
de l’âme dans l’existence.
 
La Nature part de cette déformation et joue avec toutes les
combinaisons qui peuvent en résulter avant de lui permettre
d’être rectifiée. Ensuite, elle rassemble l’essence de toutes ces
combinaisons en une nouvelle et féconde harmonie d’amour
et de liberté.
 
La liberté vient d’une unité sans limites, car tel est notre être
véritable. Nous pouvons trouver en nous-mêmes l’essence de
cette unité ; nous pouvons aussi devenir conscients de son jeu
en union avec tous les autres. Cette double expérience est le
dessein intégral de l’âme dans la Nature.
 
Quand nous avons réalisé en nous-mêmes l’unité infinie,
alors nous donner au monde est liberté parfaite et empire
absolu.
 
Infinis, nous sommes affranchis de la mort, car la vie devient
un jeu de notre existence immortelle. Nous sommes affranchis
de la faiblesse, car nous sommes la mer tout entière jouissant
des myriades de chocs de ses vagues. Nous sommes affranchis
du chagrin et de la douleur, car nous apprenons à harmoniser
notre être avec tout ce qui le touche et à trouver en toute chose
l’action et la réaction de la joie de l’existence. Nous sommes
affranchis des limitations, car le corps devient un jouet de
l’esprit infini et apprend à obéir à la volonté de l’âme immortelle.
Nous sommes affranchis de la fièvre du mental nerveux
et du cœur, et cependant nous ne sommes pas contraints à
l’immobilité.
 
L’immortalité, l’unité et la liberté sont en nous, attendant
notre découverte ; mais pour la joie de l’amour, Dieu en nous
sera toujours la Multitude.
 
 
***Aperçus et Pensées***
 
Certains pensent qu’il est présomptueux de croire à une Providence
particulière ou de se considérer comme un instrument
entre les mains de Dieu. Mais je trouve que chaque homme a
une Providence spéciale et je vois que Dieu manie la pioche de
l’ouvrier et babille dans le petit enfant.
 
La Providence n’est pas seulement ce qui me sauve du naufrage
quand tous les autres ont péri. La Providence est aussi ce
qui m’arrache ma dernière planche de salut, tandis que tous les
autres sont sauvés, et me noie dans l’océan désert.
 
La joie de la victoire est quelquefois moindre que l’attraction
de la lutte et de la souffrance ; pourtant, le laurier et non la
croix doit être le but de l’âme conquérante.
 
Les âmes qui n’aspirent pas sont les échecs de Dieu, mais
la Nature est satisfaite et aime à les multiplier, parce qu’elles
assurent sa stabilité et prolongent son empire.
 
Ceux qui sont pauvres, ignorants, mal nés et mal éduqués
ne sont pas le troupeau vulgaire. Le vulgaire comprend
tous ceux qui sont satisfaits de la petitesse et de l’humanité
moyenne.
 
Aide les hommes, mais n’appauvris pas leur énergie. Dirige
et instruis-les, mais aie soin de laisser intactes leur initiative et
leur originalité. Prends les autres en toi-même, mais donne-leur
en retour la pleine divinité de leur nature. Celui qui peut
agir ainsi est le guide et le guru.
 
Dieu a fait du monde un champ de bataille et l’a rempli du
piétinement des combattants et des cris d’un grand conflit et
d’une grande lutte. Voudrais-tu dérober sa paix sans payer le
prix qu’il a fixé ?
 
Méfie-toi d’un succès apparemment parfait ; mais quand,
après avoir réussi, tu trouves encore beaucoup à faire, réjouis-toi
et va de l’avant car le labeur est long jusqu’à la réelle
perfection.
 
Il n’y a pas d’erreur plus engourdissante que de prendre une
étape pour le but ou de s’attarder trop longtemps à une halte.
 
Partout où tu vois une grande fin, sois sûr d’un grand
commencement. Quand une douloureuse et monstrueuse
destruction épouvante ta pensée, console-la avec la certitude
d’une vaste et grande création. Dieu est là, non seulement
dans la petite voix tranquille, mais aussi dans le feu et dans le
tourbillon.
 
Plus la destruction est grande, plus libres sont les chances
de création ; mais la destruction est souvent longue, lente,
oppressive, la création souvent tarde à venir et son triomphe est
interrompu. La nuit revient encore et encore, et le jour s’attarde
ou semble même avoir été une fausse aurore. Ne désespère donc
point, mais veille et travaille. Ceux qui espèrent avec violence
sont prompts à désespérer. N’espère ni ne crains, mais sois sûr
du dessein de Dieu et de ta volonté d’accomplir. La main du
divin Artiste œuvre souvent comme si elle n’était pas sûre de
son génie ni de ses matériaux. Elle semble toucher, essayer et
laisser, reprendre et rejeter, reprendre encore, peiner et échouer,
raccommoder et rapiécer. Les surprises et les déceptions sont
dans l’ordre de son travail avant que tout ne soit prêt. Ce qui
était choisi est rejeté dans l’abîme de la réprobation. Ce qui
était rejeté devient la pierre d’angle d’un puissant édifice. Mais
derrière tout cela, il y a l’œil assuré d’une connaissance
qui surpasse notre raison et le sourire sans hâte d’un infini pouvoir...
 
Dieu a tout le temps devant lui et n’a point besoin de toujours
se presser. Il est certain de son but et du succès, et n’hésite
pas à briser cent fois son œuvre pour l’amener plus près de la
perfection. La patience est la première grande leçon nécessaire,
mais non la lourde lenteur à se mouvoir du timide, du sceptique,
du fatigué, de l’indolent, du faible ou de l’homme sans
ambition : la patience pleine d’une force calme et concentrée
qui veille et se prépare pour l’heure des grands coups rapides,
peu nombreux mais qui suffisent à changer la destinée.
 
Pourquoi Dieu martèle-t-il son monde avec tant d’acharnement,
pourquoi le piétiner et le pétrir comme de la pâte,
pourquoi le jeter si souvent dans un bain de sang et dans
l’embrasement infernal de la fournaise ? Parce que l’humanité
dans son ensemble est encore un vil minerai grossier et dur
qui autrement ne se laisserait jamais fondre ni modeler. Tels les
matériaux, telles les méthodes. Que le minerai se laisse transmuer
en un métal plus noble et plus pur, et les procédés de
Dieu envers lui seront plus doux et plus bénins, et les usages
qu’il en fera, plus raffinés et plus beaux.
Pourquoi Dieu a-t-il choisi ou fabriqué de tels matériaux
quand il pouvait choisir dans l’infini des possibilités ? Parce que
son Idée divine avait en vue non seulement la beauté, la douceur
et la pureté, mais aussi la force, la volonté et la grandeur.
Ne méprise pas la force et ne la hais point à cause de la laideur
de certaines de ses faces, et ne pense pas non plus que Dieu soit
seulement amour. Toute perfection parfaite doit receler en elle
quelque chose du héros et même du Titan. Mais la plus grande
force naît de la plus grande difficulté.
 
Tout changerait si seulement l’homme consentait à être spiritualisé.
Mais sa nature mentale, vitale et physique se révolte
contre la loi supérieure. Il aime son imperfection.
 
L’Esprit est la vérité de notre être. Dans leur imperfection,
le mental, la vie et le corps sont ses masques ; mais dans leur
perfection, ils seraient ses formes. Être spirituel ne suffit pas ;
cela prépare un certain nombre d’âmes au ciel mais laisse la
terre exactement où elle est. Un compromis n’est pas non plus
le chemin du salut.
 
Le monde connaît trois sortes de révolutions. Les révolutions
matérielles ont de puissants résultats ; les révolutions morales et
intellectuelles sont infiniment plus vastes dans leur horizon et
plus riches dans leurs fruits ; mais les révolutions spirituelles
sont les grandes semailles.
 
Si ces trois changements pouvaient coïncider en un parfait
accord, une œuvre sans défaut serait accomplie. Mais le mental
et le corps de l’homme ne peuvent pas contenir parfaitement la
puissance du flot spirituel ; la plus grande partie en est gaspillée
et beaucoup du reste, perverti. Dans notre sol, de nombreux
labours intellectuels et physiques sont nécessaires pour obtenir
une maigre récolte à partir de vastes semailles spirituelles.
 
Chaque religion a aidé l’humanité. Le paganisme a augmenté
dans l’homme la lumière de la beauté, la largeur et la grandeur
de la vie, la tendance à une perfection multiforme. Le christianisme
lui a donné quelque vision de charité et d’amour divins.
Le bouddhisme lui a montré un noble moyen d’être plus sage,
plus doux, plus pur ; le judaïsme et l’islamisme, comment être
religieusement fidèle en action et zélé dans sa dévotion pour
Dieu. L’hindouisme lui a ouvert les plus vastes et les plus profondes
possibilités spirituelles. Ce serait une grande chose si
toutes ces vues de Dieu pouvaient s’embrasser et se fondre l’une
en l’autre ; mais les dogmes intellectuels et l’égoïsme des cultes
barrent le chemin.
 
Toutes les religions ont sauvé un certain nombre d’âmes, mais
aucune n’a encore été capable de spiritualiser l’humanité. Pour
cela, ce ne sont pas les cultes ni les credo qui sont nécessaires,
mais un effort soutenu d’évolution spirituelle individuelle qui
englobe tout.
 
Les changements que nous voyons dans le monde aujourd’hui
sont intellectuels, moraux, physiques dans leur idéal et leur
intention. La révolution spirituelle attend son heure et, pendant
ce temps, fait surgir ses vagues ici et là. Jusqu’à ce qu’elle
vienne, le sens des autres changements ne peut pas être compris; 
et jusqu’à ce moment-là, toutes les interprétations des
événements présents et toutes les prévisions de l’avenir humain
sont choses vaines. Car la nature de cette révolution, sa puissance
et son issue sont ce qui déterminera le prochain cycle de
notre humanité...
***Citations de Sri Aurobindo***

 

Méfie-toi de l'homme
Qui n'a jamais échoué ni souffert ;
Ne t'attache point à son sort,
Ne combats pas sous sa bannière.

 

Les hommes parlent d'ennemis, mais où sont-ils ?
Je ne vois que des lutteurs d'un camp ou d'un autre
Dans la grande arène de l'univers.

 

Tout est tranquille dans les profondeurs de l'océan,
Mais, à la surface, gronde le tumulte joyeux
De ses clameurs et de sa course au rivage ;
Il en est de même pour l'âme libérée
Au milieu d'une action violente.
L'âme n'agit point : simplement, elle exhale
Du fond d'elle-même une action irrésistible.

 

Tant qu'une Cause
A de son côté une seule âme
Dont la foi est intangible,
Elle ne peut pas périr.

 

Que tes vertus ne soient pas du genre
Que les hommes louent ni récompensent,
Mais de celles qui contribuent à ta perfection
Et que Dieu dans ta nature exige de toi.

 

Les poètes font grand cas
De la mort et des afflictions extérieures,
Mais les seules tragédies
Sont les échecs de l'âme,
Et la seule épopée,
L'ascension triomphante
De l'homme vers la divinité.

 

Si ton but est grand et tes moyens petits,
Agis tout de même,
Car c'est seulement par l'action
Que ceux-ci peuvent croître pour toi.

 

Si ton cœur est troublé au fond de toi,
Si pendant de longues saisons tu ne fais aucun progrès,
Si ta force défaille et se plaint,
Souviens-toi toujours de la parole éternelle
De notre Amant et Maître ;
"Je te libérerai de tout péché et de tout mal, ne t'afflige point."

 

Tout n'est pas réglé
Quand une cause est humainement perdue et sans espoir ;
Tout est réglé
Seulement quand l'âme renonce à son effort.

 

Accepte le monde tel un théâtre de Dieu ;
Sois le masque de l'Acteur
Et laisse-Le jouer à travers toi.
Si les hommes te louent ou te sifflent,
Sache qu'ils sont aussi des masques,
Et prends le Dieu intérieur
Pour seul critique et seul spectateur.

 

La béatitude est le but de Dieu pour l'humanité ;
Obtiens ce bien suprême pour toi-même d'abord,
Afin que tu puisses le distribuer
Entièrement à tes semblables.

 

Ce que le libéré voit en son âme
Sur le sommet de sa montagne,
Les héros et les prophètes viennent le proclamer
Et l’accomplir dans le monde matériel.

 

Quand nous avons dépassé les savoirs,
Alors nous avons la connaissance.
La raison fut une aide ;
La raison est l'entrave.

 

Aimer Dieu en excluant le monde,
C'est Lui donner une adoration intense
Mais imparfaite.

 

L'homme est un être de transition ;
Il n'est pas le stade ultime
Ni le couronnement de l'existence sur la terre.

 

Le courage et l'amour sont les seules vertus indispensables ;
Même si toutes les autres sont éclipsées ou endormies,
Ces deux-là garderont l'âme vivante.

 

Tu penses que l'ascète
Dans sa cave ou sur le sommet de sa montagne
Est une pierre et un fainéant.
Qu'en sais-tu ?
Peut-être emplit-il le monde
Des puissants courants de sa volonté
Et la change-t-il par la pression de son état d'âme.

 

Celui qui acquiert pour lui seul acquiert mal,
Même s'il appelle cela ciel et vertu.

 

Quand tu te prends à mépriser quelqu'un,
Regarde dans ton cœur et ris de ta folie.

 

Je deviens ce que je vois en moi même.
Tout ce que la pensée me suggère, je peux le faire,
Tout ce que la pensée me révèle, je peux le devenir.
Telle devrait être l’inébranlable foi de l’homme en lui-même,
Car Dieu habite en lui.

 

L'amour de Dieu et la charité envers les hommes
Est le premier pas de la sagesse parfaite.

 

Ne te soucie point du temps ni du succès.
Joue ton rôle,
Que ce soit pour échouer ou pour prospérer.

 

Le monde entier est mon sérail
Et chaque être vivant en lui,
Chaque existence inanimée,
Est l'objet de mon ravissement.

 

J'ai échoué, dis-tu.
Dis plutôt que Dieu décrit des cercles
Autour de Son but.

 

Quand tu entends une opinion qui te déplaît,
Etudie et découvre la vérité qu'elle contient.

 

L'immortalité, l'unité et la liberté sont en nous
Et y attendent notre découverte ;
Mais pour la joie de l'amour,
Dieu en nous sera toujours la multitude.

 

Examine-toi sans pitié,
Alors tu seras plus charitable
Et plus compatissant envers les autres.

 

La foi est une intuition
Qui non seulement attend l’expérience pour être justifiée,
Mais qui conduit à l’expérience.

 

C'est un miracle que les hommes puissent aimer Dieu
Et pourtant ne parviennent pas à aimer l'humanité.
De qui donc sont-ils amoureux ?

 

Aime et sers les hommes,
Mais prends garde de ne pas désirer leur approbation.
Obéis plutôt à Dieu au-dedans de toi.

 

Toute parole et toute action
Jaillissent toutes prêtes
Du Silence éternel.

 

Ne fixe pas le temps ni la manière dont sera réalisé ton idéal.
Travaille et laisse le temps et la manière à Dieu omniscient.

Source...http://intyoga.online.fr/pensees.htm

 
 

 

0dieu

 Source...http://sriaurobindo-yoga-integral.blogspot.ca/search/label/Aper%C3%A7us%20et%20Pens%C3%A9es

Posté Par Cristalyne 15 Aout 2016  Colonne de feu 2