6763518 10339386***La Connaissance de Soi***

***Marie-Madeleine Devy***

Marie-Madeleine Davy est une historienne et philosophe française, née à Saint-Mandé le  et morte le à Saint-Clémentin dans les Deux-Sèvres....

Ces « documents » ne sont pas le résultat d'un travail littéraire. Le style est celui d’une parole libre et le fruit de notes prises au cours de divers cycles de conférences données par Marie-Madeleine Davy. Nous nous sommes efforcées de transmettre l'expression, l'envergure, la profondeur de la pensée d'une spiritualité authentiquement vécue, celle de Marie-Madeleine Davy. Le lecteur devinera les silences invitant à la réflexion, le geste qui évoque la légèreté, l'envol d'une idée ou bien l’incite à la recherche en lui-même du Divin. 

Le lecteur percevra le sourire accompagnant une expression nouvelle. Émergeront de même l'humour, la joie, l'émotion... la profondeur, le courage, les audaces. Parfois, Marie-Madeleine lève un coin du voile intérieur sur un « inimaginable » dont elle voudrait faire découvrir quelque chose... Et enfin, notre lecteur attentif sera touché par sa tendresse toujours « à portée de cœur » pour dire son amour des hommes, de la nature, du cosmos, des oiseaux et son besoin impérieux de transmettre « l'inouï et de partager avec les autres la jubilation des Amis de Dieu »

Marie-Madeleine Davy ? Une magnifique lumière pour l'esprit, une avenue large, accueillante, pleine de fleurs, d’ombre et d'étincellements pour que l'être prenne le départ vers l'intériorité véritable, sans illusion, sans peur, un envol vers les Hauteurs...Monique LETELLIER

Quel sens a notre vie?  http://www.les-cahiers-bleus.com/Quel-sens-a-notre-vie-de-Marie-Madeleine-DAVY-Exemplaire-papier-19-Telechargement-45_a75.html

 

Wdavy

La véritable réalisation opérée par la connaissance de soi fait de l’homme : « un deux fois né », ce qui équivaut à l’expression « naître de nouveau ». Quand la connaissance de soi atteint ce terme, l’homme est près de sa maturité.Le mal est comparable à un poids entraînant vers le bas dans la mesure où il n’est pas assumé par une énergie qui l’allège et lui fait subir une mutation.L’homme nouveau est d’abord appelé à vivre sa solitude et à l’assumer.C’est donc vers l’intériorité que l’homme nouveau doit diriger son attention. Habiter avec soi,permet de recevoir la fulgurance des révélations qui jaillissent dans le silence.Le miracle de l’alchimie correspond à la nature la plus fondamentale de l’homme, celle de coïncider d’une façon vivante et absolue, avec tout ce qui est. Aujourd’hui, l’homme est invité à s’adresser à son propre maître intérieur dans le mystère de sa dimension de profondeur...

Les mots sont des sortes de supports comparables aux barreaux des échelles, on prend appui provisoirement dessus ; il faut nécessairement les quitter. C’est au sein du silence que toute révélation s’opère ; le cliquetis des mots dans la parole ou l’écriture empêche d’entendre ; elle ne livre son secret que dans le midi du silence, alors tout possède un écho et tout germe...

La beauté de la nature, le calme d’un lac, la violence d’un torrent, un pic neigeux, le désert de sable ou de pierre peuvent en partie suppléer à l’absence d’un maître ; elle déclenche la conversion du regard et son enseignement est la beauté. Par cette beauté contemplée, l’homme se trouve transporté sur un autre niveau.Le saint ne fait pas d’effort, il accomplit le bien à la façon d’une abeille qui vole vers une fleur...

La lucidité ne soupèse pas, elle ne juge point, elle discerne sans ciller les paupières, sans tourner la tête, sans plisser les lèvres par dégoût. Certes, elle récuse les consolations fallacieuses, parce qu’elles sont faiblesses. Toutefois, elle ne détériore et ne corrode point...Extrait/La connaissance de Soi/Marie-Madeleine Davy

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*** L'homme intérieur et ses métamorphoses / Marie-Madeleine Davy ***

Le mot « création » est en général appliqué à une oeuvre que l'homme a sorti de lui-même. Ici, Marie-Madeleine Davy parle de la création de l'homme par lui-même, non pas pour faire de lui un chef-d'oeuvre qu'il contemplerait dans le miroir de Narcisse, mais pour conquérir sa condition d'homme total. Spécialiste de la pensée cistercienne et proche de la spiritualité orientale, l'auteur nous invite à découvrir l'histoire de toute personne qui, refusant dêtre le jouet des événements dans un monde où les valeurs s'effondrent, tente de découvrir le fond de son être. Cette nouvelle édition est complétée par Un itinéraire, biographie spirituelle entreprise après avoir frôlé la mort, et qui illustre de façon éclatante comment Marie-Madeleine Davy a mis en oeuvre concrètement le programme de LHomme intérieur et ses métamorphoses...

***Comment naître à l'Amour ? « Si nous voulons savoir par exemple -écrira Heidegger- ce que veut dire nager, nous ne l'apprendrons jamais d'un traité sur l'art de nager. C'est le saut dans le fleuve qui nous le dira. » Il en est de même pour aimer. Aucune lecture ne pourra nous enseigner sur ce point. Tous les discours demeureront inopérants : il faut plonger dans l'océan de l'Amour. Quand on a plongé on ne songe plus à revenir à la surface ou à cheminer sur les rives. L'homme parvient à l'amour dans la mesure où il prend conscience de sa dimension de profondeur, c'est-à-dire de son coeur...

L’homme nouveau est d’abord appelé à vivre sa solitude et à l’assumer.C’est donc vers l’intériorité que l’homme nouveau doit diriger son attention. Habiter avec soi,permet de recevoir la fulgurance des révélations qui jaillissent dans le silence.Le miracle de l’alchimie correspond à la nature la plus fondamentale de l’homme, celle de coïncider d’une façon vivante et absolue, avec tout ce qui est. Aujourd’hui, l’homme est invité à s’adresser à son propre maître intérieur dans le mystère de sa dimension de profondeur...

Selon Macaire († vers 390) le cœur est comparé à une terre dans laquelle Dieu jette sa semence et possède son pâturage. Il est un univers avec son firmament comprenant des étoiles, une lune et un soleil. Profond, il est aussi un abîme privé de limites. Le cœur est assimilé à un char dont le noûs (esprit) est le cocher, il réside au fond du cœur, d’où cette comparaison : l’esprit est au cœur ce que la pupille est à l’œil. Pour les stoïciens le cœur est le siège du feu et de l’intellect ; dans la métaphysique de l’Inde, le cœur est un espace : « Ce qu’on appelle brahman, c’est cet espace qui extérieur à l’homme ; mais cet espace qui est extérieur à l’homme, cet est espace est le même qui est intérieur à l’homme ; et c’est espace qui est à l’intérieur de l’homme est celui-là même qui est à l’intérieur du cœur ».

Cet espace à l’intérieur du cœur est aussi vaste que l’espace que le regard embrasse. « Le ciel et la terre y sont réunis, le feu et l’air, le soleil et la lune, l’éclair et les constellations » (…) selon le maître chinois Lu Tsou, l’éveil de l’esprit s’amorce dès que le cœur commence à mourir : « Si l’homme peut faire mourir son cœur, l’esprit originel s’éveille à la vie. Faire mourir son cœur ne signifie pas le laisser se dessécher ou se flétrir, mais cela signifie qu’il est devenu un, sans division et concentré. »

Dans l’Islam le primat est donné aussi au cœur : « Ni ma terre ni mon ciel ne me contiennent, précise un hadîth, je suis contenu dans le cœur de mon serviteur fidèle. » Le cœur est la faculté spirituelle, c’est lui qui reçoit l’illumination (…) quand l’homme pénètre dans son cœur et s’y tient dans la paix il éprouve la nostalgie du semblable pour son semblable, car le feu – comme le dit Empédocle – n’est vu que par le feu. Le cœur éveillé devenu centre subtil de lumière est « l’organe et le lieu de la conjonction avec la lumière du Trône » : « Il y a des lumières qui montent et il y a des lumières qui descendent. Les lumières qui montent, ce sont celles du cœur ; celles qui descendent, ce sont celles du Trône. L’être créaturel est le voile entre le Trône et le cœur. Lorsque ce voile est rompu et que dans le cœur s’ouvre une porte sur le Trône, le semblable s’élance vers son semblable, la lumière montre vers la lumière, et la lumière descend sur la lumière et c’est lumière sur lumière (Qorân 24 : 35)  Henry Corbin, L’homme de lumière dans le soufisme iranien, p. 102 et 112. (pp. 43-44) Extrait/
L'homme intérieur et ses métamorphoses / Marie-Madeleine Davy

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***Eric Edelmann/L’instant ultime entretien avec Marie-Madeleine Davy***

Un témoignage essentiel de Marie-Madeleine Davy dont l’action « éveillante » s’est poursuivie jusqu’à son décès en 1999. Elle répond ici aux questions de Eric Edelmann dans un livre d’entretiens publié à l’époque aux éditions Beauchesne sous le titre : « L’homme et sa réalisation » et auxquels ont participés : Lanza del Vasto, Gustave Thibon, Louis Pauwels, Maurice Genevoix, René Huyghes, Georg Picht, Marc Oraison, Eugène Ionesco, etc. personnages en quête d’un nouvel humanisme. Car, nous explique l’auteur : « L’homme moderne s’est en effet projeté hors de lui-même, il a fui son intériorité en délaissant les connaissances traditionnelles et millénaires pour se perdre dans le tourbillon ambiant qu’il a créé et qui maintenant l’absorbe tout entier. A cet égard, l’anecdote du philosophe chinois Tchouang-tseu décrit fort bien notre situation présente : « Un homme avait peur de l’ombre de son corps et avait en horreur les traces de ses pas. Pour y échapper, il se mit à courir. Or, plus il fit de pas, plus il laissa de traces ; plus il courut vite, moins son ombre le quitta. S’imaginant qu’il allait encore trop lentement, il ne cessa de courir toujours plus vite, sans se reposer. A bout de forces, il mourut. Il ne savait pas que pour supprimer son ombre, il lui aurait suffi de se mettre à l’ombre et pour arrêter ses traces il lui aurait suffi de se tenir tranquille. » C’est seulement la recherche de cette ombre et de cette tranquillité qui permettra de répondre aux véritables aspirations de l’homme moderne et de résoudre les incohérences propres à la course éperdue de notre civilisation. Si c’est en réalité à chacun qu’il revient de parvenir à cette ombre apaisante identique au fond de nous tous, il nous a néanmoins semblé intéressant de mener notre enquête auprès d’écrivains, de penseurs ou de philosophes pour qui la possibilité d’un épanouissement de l’être en l’homme était encore la préoccupation centrale. »

 

Marie-Madeleine Davy, vous êtes philosophe. Vous avez été professeur à l’Université de Manchester, chargée de cours à l’École pratique des Hautes Études (Sorbonne), vous avez ensuite été maître de recherches au C.N.R.S. et vous avez voyagé partout dans le monde, de l’Inde aux Etats-Unis, du Japon à l’Amérique du Sud. Vous êtes peut-être à notre époque l’un des rares philosophes pour qui la philosophie a encore gardé son sens étymologique ?

 

Mes études de philosophie et de théologie m’ont permis d’envisager la philosophie comme une sagesse. Avant de me consacrer durant de longues années à la pensée médiévale, ou plus exactement à des auteurs du XIIe siècle, j’ai été passionnée par la philosophie grecque. Je le suis toujours, car elle m’apparaît rigoureusement essentielle, à l’exception d’Aristote dont les interprètes et commentateurs exerceront au XIIIe siècle une désastreuse influence. Mais je n’oublie pas pour autant que la pensée philosophique grecque est à la base de notre tragédie occidentale. Heidegger avait raison, quand il déclarait : « Le règne inconditionnel de la technique n’est que l’ultime conséquence de la métaphysique des Grecs. » En raison de la qualité des professeurs de la Sorbonne que j’ai pu connaître dans ma jeunesse, j’ai cru que la philosophie était l’apanage des universitaires, voire des clercs au sens ancien du terme. Je ne le pense plus du tout aujourd’hui. Bien au contraire, il m’apparaît que les clercs ont été, en partie, les fossoyeurs de la philosophie et par conséquent de la sagesse. Leur trahison a commencé au XIIIe siècle, cela n’est donc pas récent. Dès cette époque, on peut très justement parler d’une double aliénation : celle de l’homme et celle de Dieu. Rien n’est jamais rigoureusement neuf. Ainsi, au terme de son livre, le prophète Osée convie Israël à se convertir. Et le peuple répond par un triple renoncement aux alliances politiques, à la force militaire, à l’idolâtrie. Voilà tout un programme qu’on ne saurait fixer à une époque déterminée et qui pourrait devenir un sujet de réflexion pour les clercs d’aujourd’hui et pour tout cléricalisme d’allure sociologique.

 

Les vrais philosophes sont des hommes de réflexion et de méditation. Ceux-ci refusent de scinder la philosophie et par conséquent de la détruire. Diviser la philosophie ne peut qu’aboutir à sa désagrégation. Le primat donné à la psychologie et à la sociologie brise l’unité de la philosophie et entraîne la disparition de la métaphysique. A cet égard, encore une fois, rien n’est nouveau. Le ver s’est infiltré dans le fruit dès le XIIIe siècle avec l’extension de la sclérosante scolastique.

 

L’étude de la philosophie comme agencement de concepts ou construction de systèmes est dépassée selon vous ?

 

Non seulement dépassée mais rigoureusement périmée.

 

En quel sens, la philosophie, dans cette acception que vous donnez, intéresse-t-elle chacun d’entre nous, ici et maintenant, et non plus précisément l’homme considéré comme une entité abstraite et éloignée de notre individualité propre ?

 

Dans une perspective traditionnelle, la philosophie s’attache à la découverte des secrets, elle est donc dévoilement, déchiffrement. Le philosophe est un voyant, il voit au-dedans, il dépasse l’extériorité de l’écorce de la lettre. Il sait que l’homme en tant que microcosme est une totalité, que rien n’est séparé. Tout converge vers un ordre, une mesure. L’homme étant à la fois terrestre et céleste, il n’existe pas en lui d’opposition mais une hiérarchie de niveaux. Par contre, la philosophie, ignorante de la véritable tradition, s’oriente vers d’autres issues. Elle risque, en s’éloignant de la sagesse, de ne plus répondre à son nom. Sa démarche consiste à poser des problèmes, à les examiner. Elle fait l’école buissonnière en s’intéressant à des recherches qui ne lui conviennent pas. Opérant dans un constant dualisme, tels ceux du corps et de l’âme, de l’homme et du cosmos, elle se voue à l’extériorité. D’où le danger de s’engluer dans « les choses » sans pour autant aimer la vie et en saisir le sens profond.

 

Sommes-nous à l’heure actuelle à un tournant ou bien est-ce que ces systèmes s’estompent d’eux-mêmes et donc laissent la place à quelque chose d’autre ?

 

Certes, nous sommes à un tournant. Mais il n’est pas le premier ni le dernier. La nouveauté consiste dans son caractère accéléré, nous sommes passés de la diligence à la Ferrari. Nous avons, par ailleurs, une plus grande conscience de l’homme et des dangers courus par l’humanité. Que l’homme se désacralise, il perd nécessairement la voie conduisant vers la sagesse. De ce fait la philosophie est remise en question comme d’ailleurs l’homme lui-même. La dimension humaine est une conquête ; elle ne peut s’accomplir qu’à l’intérieur d’une sagesse, ou tout au moins d’une approche de la sagesse, d’une orientation vers elle.

 

L’homme privé de racines, désacralisé, se banalise. Il n’est plus qu’un personnage sociologique ; on anéantise son mystère et ses pouvoirs secrets. Un tel homme n’est plus qu’un produit de supermarché. La dimension humaine ne peut s’acquérir que par l’intériorité, au profit d’une structure lui permettant d’occuper la place qui lui revient et à laquelle il a droit. La radio, la télévision, les revues panoramiques genre Digest confèrent à l’homme un savoir horizontal qui le « gonfle », et lui donne l’illusion d’une connaissance qui risque de lui suffire. Toutefois, il se présente un facteur nouveau qui m’apparaît essentiel. La vision de l’homme s’étend — géographiquement parlant — et l’arrache à son ghetto, celui par exemple de sa patrie, de sa famille, de l’ensemble de ses menus soucis quotidiens, de ses propres hantises. Ainsi il peut élargir son champ d’intérêt et d’ouverture. Aujourd’hui, de nombreux textes appartenant à des traditions diverses sont traduits, ils se trouvent en librairies et peuvent se consulter dans des bibliothèques. Auparavant, seul l’historien patenté des religions pouvait avoir une connaissance des diverses traditions. Actuellement, la lecture de textes provenant de la Chine, de l’Inde, du Tibet, du Japon font partie de la culture de l’homme moderne. De nombreux ouvrages concernant des thèmes essentiels sont un apport précieux favorisant la connaissance de soi, du cosmos, du Principe unificateur. Ces textes peuvent aussi donner une nouvelle approche de la notion du temps, de l’espace, de l’histoire et de la métahistoire, de la psychologie et de son dépassement. C’est là un enrichissement d’une valeur inestimable. D’autant plus que la pensée orientale peut devenir comme la crue d’un fleuve, lavant le terrain qu’elle inonde, permettant ainsi de nouvelles semences et récoltes. Bien entendu, comme le disait Masui, dans un cahier d’Hermès, il importe de ne pas confondre l’apophatisme chrétien avec la vacuité bouddhique. Il ne s’agit donc pas de mélanger les voies mais de comprendre que les traditions s’imbriquent et se complètent. Si la métaphysique orientale pouvait enseigner à l’occidental l’importance de la méditation, le primat donné à la contemplation sur l’action, l’acquisition, serait déjà fort précieuse et la sagesse y trouverait son compte. L’homme occidental, lié originairement à une tradition grecque et judéo-chrétienne, peut refuser ces divers apports et s’enfermer avec mépris dans sa forteresse. Par contre, il peut les recevoir comme une invitation à mieux connaître ses propres origines et à se réjouir des voies qui ne sont pas les siennes mais qui possèdent indubitablement leur propre beauté. Toutefois, l’éventail des connaissances, qui sont proposées au chercheur, ne lui seront profitables que dans la mesure où, dégagé des divers autoritarismes, il devient capable de se prendre en main et de s’assumer lui-même.

L’autoritarisme, c’est-à-dire…

Nous le savons bien, par la Légende du Grand Inquisiteur, l’homme médiocre aime l’autorité, c’est pour lui une facilité. Certains sages venus de l’Extrême-Orient et en mal de disciples, trouvent des proies faciles en Occident. Grâce à leur prosélytisme, ils provoquent des « conversions », si du moins on peut appeler ainsi les engouements passagers de leurs disciples. On peut étudier une métaphysique, une religion sans pour autant en devenir l’adepte inconditionnel. Néanmoins, il est normal que « prendre refuge » puisse convenir à beaucoup d’individus incapables de supporter leur solitude. Toutefois, ce besoin de l’homme de se « soumettre » à une éthique, à une forme d’autorité rassurante, n’est pas toujours une preuve de liberté intérieure. Les autoritarismes, qu’ils soient politiques ou confessionnels sont souvent comparables à des systèmes concentrationnaires. C’est à dessein que j’emploie le terme « confessionnel » et non « religieux ». Les diverses formes d’intolérance « bloquent » l’homme. Réduire des adultes à un état infantile et grégaire, ou prolonger volontairement des hommes dans leur immaturité, m’apparaît grave. Les formes d’intolérance se modifient et peuvent changer de camp. Dans ce cas les bourreaux deviennent à leur tour victimes et vice versa. De toute manière, l’homme se « chosifie » quand il est soumis à des autoritarismes qui s’imposent à lui de l’extérieur. Il perd contact avec ses propres racines, il est coupé de son dynamisme intérieur, de ses énergies. Quand l’homme n’entend plus la voix intérieure susceptible de le guider et de favoriser en lui un mouvement créateur, il devient uniquement audible aux voix extérieures qui s’imposent à lui et l’influencent. Le voici isolé du cosmos. Ayant perdu son axe, par manque d’unité, désorienté, il n’est plus qu’un robot, un « produit » artificiel. Le voici « clos » à l’égard de lui-même et de l’univers. Il est normal que son mental et son cœur soient autant de réceptacles de la pollution qui fermente à l’intérieur de lui et favorise une licence illimitée.

On parle beaucoup de pollution justement à notre époque et selon vous, la pollution véritable est à l’intérieur même de l’homme ?

Elle gît dans son mental et dans son cœur. L’homme étant pollué, la nature à son tour est polluée. D’ailleurs le philosophe Nicolas Berdiaev le répétait volontiers. Il n’employait pas le terme pollution mais il affirmait que les divers événements sont présents dans l’homme avant de se dérouler à l’extérieur. « Ce qui arrive dans le monde… a une source intérieure spirituelle. » Ainsi le mal qui affecte l’extérieur, la nature, le cosmos est d’abord porté dans l’homme, avant de s’extérioriser. Je crois que les relations entre l’homme et le cosmos impliquent des rapports extraordinairement étroits. Rien ne saurait être dissocié. De même l’homme est une totalité, l’intérieur et l’extérieur ne font qu’un. Un pseudo-sage peut présenter un enseignement de sagesse et abuser ses auditeurs si sa vie privée n’illustre pas son dire. Dans ce cas, il devient comparable à un agent de commerce qui n’utilise pas personnellement les produits dont il favorise l’exploitation. Ici le jeu n’est rien d’autre que du charlatanisme. Des hommes se font appeler « maîtres » et sont des imposteurs.

Selon vous, la véritable révolution est métaphysique et psychologique ?

La véritable révolution est d’ordre spirituel, c’est-à-dire qu’elle se présente au niveau pneumatique (pneuma = esprit), l’esprit pouvant être considéré comme la fine pointe de l’âme. Toutefois, il convient de passer par le plan psychologique, à condition de ne pas y demeurer définitivement. Il est évident que par ignorance d’une autre dimension, beaucoup d’individus s’y fixent. A ce propos prenons un exemple : celui de la religion. La religion de l’âme provoque une indiscutable aliénation. Elle est autoritaire, elle considère ce qu’elle nomme la vérité comme un objet. De plus, elle fabrique un Dieu qui n’est d’ailleurs qu’une idole. Au nom de ce Dieu elle juge, excommunie, massacre, assassine, allume des bûchers. Eprouvant le besoin d’étiqueter, de classer systématiquement, de rassurer les hommes qui se rangent sous sa houlette, elle dénigre tous ceux oui sont épris du mystère et du sacré car ils se tiennent à un niveau qui lui échappe. Cette religion de l’âme méconnaît le monde de l’intelligible pur et le monde intermédiaire situé entre l’intelligible et le monde sensible. De ce fait, le monde sensible perd sa fonction de miroir, il n’est plus reflet. Collée à l’histoire, au déroulement des évènements linéaires, cette religion de l’âme ignore que les évènements de l’histoire sacrée doivent se considérer « au présent » au sens des mots de l’Apocalypse : « il est venu, il vient, il viendra ». Ce qui signifie que l’évènement intériorisé est toujours vivant mais il ne peut être saisi que par la surconscience ; celle-ci dépasse infiniment la conscience psychologique.

 

La religion de l’esprit appartient aux hommes du Huitième Jour, à ceux de la hiérohistoire, de l’histoire sacrée dont le temps est formé d’unités de temps discontinu, pour employer le langage d’Henry Corbin. L’intelligence spirituelle provoque le déploiement du sens intérieur. Le Huitième Jour symbolise la résurrection, quand le créé passe dans l’incréé. Or, seul le regard intérieur est capable d’une telle vision. La race de ces hommes, appartenant à la religion de l’esprit, est celle des prophètes, des mystiques, des voyants, des sages, des poètes, de tous ceux qui sont mus par leur Esprit Saint, en un mot, elle concerne les initiés, les hommes de lumière, tous ceux qui possèdent l’expérience de la voie divine, de l’union divine, en se gardant de bavarder sur Dieu.

 

On parle souvent de Dieu dans notre Occident, dans notre société. Est-ce que le fait de parler de Dieu ce n’est pas au fond installer automatiquement une séparation entre l’homme et Dieu ? Dieu, finalement, c’est l’idée que nous en avons ?

 

Les mystiques possèdent une expérience de Dieu c’est pourquoi ils sont discrets quand il s’agit de parler de Dieu. L’Éternel se cache afin d’être cherché et trouvé. L’expression quaerere Deum est significative, cependant on peut craindre que le mouvement de recherche soit tel, qu’il existe un risque, celui de ne plus savoir discerner les instants où il n’y a plus à chercher. Le Cantique des Cantiques illustre ce que je voudrais ici signifier. Ce chant contemplatif, theoricus sermo, selon l’expression de Bernard de Clairvaux, est à la fois celui de la recherche et de la rencontre. Quand il y a rencontre, il n’y a plus rien à chercher. Cette rencontre s’opère quand Dieu naît dans l’âme et l’âme en Dieu. Maître Eckhart a magnifiquement parlé de cette double habitation : elle est un mystère. Peu importe si en Occident on a tendance à parler de Dieu, chacun ne peut percevoir que suivant le niveau où il se tient ; le théologien lui-même, risque, bien souvent, d’être privé d’expérience, sinon il serait moins disert et affirmatif. Nous savons que pour les Sémites, le « nom » évoque le mystère incommunicable de la personnalité. Dieu ne saurait être nommé, d’où l’importance de la voie apophatique présentée par Denys l’Aréopagite et qui se découvre dans la spiritualité du Désert, chez Evagre le Pontique et les Cappadociens. La pensée orthodoxe s’est attachée à distinguer en Dieu l’essence imparticipable de ce qu’elle nomme les énergies divines. Celles-ci sont incréées. En manifestant l’essence divine dont elles sont issues, elles opèrent l’assomption du créé en le déifiant.

 

Philon a parlé de trois types d’hommes. Cette triple division a été reprise par les auteurs du Moyen Age sous les noms de commençants — progressants — parfaits. L’homme animal — qui d’ailleurs se situe souvent au-dessous de l’animal — ne peut voir et comprendre qu’à son niveau, c’est-à-dire qu’il se tient dans la confusion et méprise ce qui lui échappe. Le progressant fait appel à la raison. Mais la raison est privée de prises sur l’incommunicable et ne peut qu’obscurcir. Le parfait, signifiant le spirituel, désigne l’homme de l’intuition et de l’expérience dont la connaissance et l’amour s’interpénètrent. Toutefois celui-ci se tient dans l’humilité, il a conscience de son indigence. Ainsi Socrate comprenait qu’il n’était pas un sage car il savait la différence entre sophos et philosophos. De même Kierkegaard avouait qu’il n’était pas chrétien. Or cette conscience de ne pas être chrétien faisait de lui un chrétien. Ceci pour signifier que seuls les débutants et les progressants peuvent se laisser « gonfler » par une pseudo-connaissance et en tirer une bonne conscience. Ils sont incapables de saisir l’ampleur de leur non-savoir, donc de leur ignorance. A cet égard une religion, quand elle n’est pas vécue intérieurement, peut présenter des dangers pour la vie spirituelle en créant une vaine assurance dont les conséquences sont illimitées.

 

D’une certaine façon il est juste de dire que cela peut être un opium ?

 

Tout à fait. Mais la religion défigurée n’est qu’un opium parmi d’autres opiums. Le danger est d’appartenir à une collectivité et d’avoir bonne conscience de son appartenance, d’extérioriser, de socialiser la religion. Si nous prenons comme exemple le christianisme, il est évident, qu’à l’origine, il s’agissait moins d’une religion que d’un art de vivre et d’aimer. Le christianisme a été défiguré depuis des siècles par les chrétiens et nous en supportons les conséquences. Et cela d’autant plus que les chrétiens sont particulièrement ignorants de leur tradition, ils lisent peu les Écritures sacrées et encore moins les pères grecs et latins. Une telle lecture les arracherait à leurs superstitions, à un dogmatisme souvent pétrifié et à un dualisme anesthésiant. C’est pour quoi, ainsi que j’ai eu l’occasion de le dire, je crois à l’importance des rencontres entre les diverses métaphysiques. Les méthodes présentées par le yoga et le zen peuvent aider ceux qui se pensent ou se veulent chrétiens à prendre une nouvelle conscience de la physiologie, de la psychologie. En dépassant ces stades, ou mieux en les assumant à un autre niveau, l’attention et la méditation en tireront profit.

 

Ne pensez-vous pas que la mentalité occidentale, qui se caractérise par une volonté de possession du monde, finit par miner les derniers bastions de la spiritualité en Orient ? Ainsi par exemple au Japon, qu’on appelle maintenant l’Extrême-Orient, où l’on a remplacé le kimono par le complet-veston, or en fait avec le kimono on est obligé de traîner les pieds lentement ce qui est très sain pour le corps et l’esprit mais pas du tout approprié pour attraper l’autobus ?

 

Oui, mais je pense que le Japon a perdu en partie ses traditions sans avoir eu besoin de l’Occident. J’ai été plusieurs fois au Japon et j’ai remarqué les différences survenues durant les années de distance séparant mes voyages. Il s’est américanisé, occidentalisé. Le Japon s’est « massacré » lui-même par désir d’argent, désir de puissance, séduction de la technique.

 

Mais c’est bien justement le mal majeur de notre civilisation ?

 

Si le Japon n’avait pas été mûr pour recevoir les influences de l’Amérique et de l’Occident, il n’aurait pas succombé à la tentation qui lui était offerte. A cet égard, les jeux sont faits ! Il est impossible de revenir en arrière et par conséquent vain de s’en désoler. Rien dans cet ordre ne doit nous attrister. Actuellement, la technique est gagnante, que les hommes en fassent l’expérience si cela leur convient. Quand on rencontre des sages de l’Inde et du Japon, ils disent que l’intérêt le plus grand qu’ils suscitent est maintenant en Occident. D’où ce refrain que l’on entend souvent et qui m’apparaît partiellement exact : l’Orient possède des maîtres et manque de disciples ; l’Occident possède des disciples et est privé de maîtres. C’est ainsi que s’explique peut-être le flux des maîtres orientaux venant enseigner les Occidentaux, tentant leurs chances ailleurs que dans leurs pays respectifs. Eux aussi, à leur manière, risquent de s’occidentaliser.

 

Notre difficulté d’approcher la réalité spirituelle ne résulte-t-elle pas selon vous de notre façon implicite de concevoir le monde ? Lorsque par exemple quelqu’un meurt en Inde on dit qu’il a quitté son corps alors que chez nous on dit qu’il a rendu l’âme, la perspective est totalement différente ?

 

L’expression « rendre l’âme » ne me gêne pas. Elle m’apparaît significative puisque l’animation cesse à l’instant de la mort. Il est normal qu’en Inde on parle de « quitter son corps », puisqu’on est censé en reprendre un autre, du fait de la réincarnation. Personnellement, il m’est difficile d’accepter le principe de la réincarnation. Mais je comprends très bien qu’une telle croyance puisse sembler expliquer les injustices de la condition humaine. Durant son existence, sans avoir besoin de revêtir des corps différents, chaque homme est invité à subir des mutations et des métamorphoses. Dans la mesure où il s’engage sur une voie conduisant à la libération, tout est modifié en lui, aussi bien son corps, que son âme et son esprit qui forment une totalité. La formation et la croissance du corps de lumière sont en rapport avec ces mutations et métamorphoses.

 

Il y a plus de différences entre les hommes, qu’entre les animaux, nous dit Montaigne, en s’inspirant de Plutarque, et cela je le crois volontiers. Ces différences entre les hommes correspondent principalement aux changements survenant dans le cours de la vie d’un seul homme. Nous en avons l’expérience pour nous-même et nous pouvons aisément le constater autour de nous. Quand, durant notre existence, nous avons connu la traversée d’une « conversion », d’une entrée dans l’intériorité comportant l’approche du fond secret, tout devient autre. La vision du monde, d’autrui, de soi-même devient rigoureusement différente. Toutefois cette nouvelle vision est non seulement incommunicable, mais elle ne saurait s’afficher au-dehors. Elle demeure secrète. Elle ne peut apparaître à l’extérieur que dans la mesure où celui qui la découvre en autrui est passé par une expérience analogue. Il est normal que ceux qui n’ont pas connu cette métanoïa se gaussent de ceux qui y font allusion. Souvenons-nous des paroles de Lao-Tseu :

« Lorsqu’un homme grossier entend la Voie

Il éclate de rire.

La Voie s’il ne riait pas, ne serait plus la Voie. »

 

L’homme peut vivre dans son enfer ou dans son ciel. « Naître de nouveau », c’est-à-dire naître à un autre niveau, se présente comme une nouvelle incarnation.

 

Quand à la conception du monde, à laquelle vous avez fait allusion, il m’apparaît difficile d’en parler, car tout dépend de l’optique à laquelle on se place. Quand le Christ conseille de vivre dans le monde sans être du monde ou déclare que son royaume n’est pas de ce monde, l’expression « ce monde » est significative. Il ne s’agit pas d’un lieu situé dans l’espace, mais d’un état. Le monde désigne l’état d’obscurité refusant la lumière.

 

Il est confusion, ignorance, jeu, mensonge et par conséquent délié de Dieu. « Quitter le monde » ne signifie pas nécessairement « fuir » un lieu extérieur, vivre en ermite ou entrer dans un monastère, car « le monde » est dans l’homme. Toutefois renoncer au tumulte et à l’agitation de l’extérieur favorise l’intériorité. La retraite, la solitude, le recueillement sont positifs et d’une certaine manière indispensables à la vie intérieure, à la connaissance des intelligibles. Philon a montré que ce ne sont pas les différences de lieux qui engendrent les bonnes ou mauvaises dispositions, car c’est Dieu qui mène où il veut « le char de l’âme ». Cependant, se retirer de la foule, vivre dans le contact avec la nature apparaît parfois nécessaire. Il est tellement difficile de ne pas se laisser contaminer par la médiocrité. Ou bien, il faudrait faire comme Zachée qui grimpa sur un sycomore pour voir le Christ que la foule lui cachait. Une telle position n’est guère confortable ! Zachée est présenté comme un homme de petite taille mais qui n’est pas petit ? Un vitrail de Chartres montre l’apôtre Jean, posé sur les épaules du prophète Ezéchiel. Jean est un nain, Ezéchiel un géant. La vision de Jean est plus ample, car il se tient sur un sommet. Nous sommes toujours perchés sur les épaules des sages, des saints quand notre compréhension devient plus totale. De toute manière, la vision demeure obscure si on se maintient au niveau de la conscience commune, en y faisant son nid. Il n’y a rien d’analogue entre ceux qui sont du monde et ceux qui n’en sont pas, entre les dormeurs et les éveillés, les esclaves et les hommes libres. Vivre dans les conditionnements, divertissements et soucis qui appartiennent à la dimension « monde », empêche de se tenir en soi-même, d’habiter avec soi : habitare secum disaient les anciens. L’homme intériorisé se ramasse en lui-même, non pour rentrer égoïstement en lui comme dans une coquille, mais pour faire l’expérience de sa beauté, c’est-à-dire de sa profondeur illimitée. C’est grâce à elle qu’il découvre sa relation fraternelle avec tout l’univers.

 

Le choix essentiel qui conditionne le bonheur doit être finalement opéré entre l’être et l’avoir ?

 

Cette division entre l’être et l’avoir me fait penser à Gabriel Marcel dont je regrette si vivement l’absence. A vrai dire ces notions me sont totalement indifférentes. Quant au bonheur, par expérience, je sais ce que ce terme signifie. Toutefois le bonheur varie en chaque individu. Ce qui me réjouit peut ne pas devenir un motif de joie pour mon voisin. Je ne crois guère au bonheur extérieur, tout est si fugace… Je crois surtout au bonheur éprouvé intérieurement. Parlant des thérapeutes, Philon les montre comme s’efforçant constamment d’apprendre à voir clair, s’élançant dans leur contemplation au-dessus du soleil sensible, menant une vie qui conduit au parfait bonheur. Philon compare leur ivresse céleste à celle des corybantes. Ces thérapeutes sont à la fois des citoyens du ciel et de l’univers. En s’expatriant du monde sensible, ils appartiennent au monde intelligible dans lequel ils se fixent. Ils deviennent ainsi des hommes éveillés, des vivants.

 

Ce qui vous semble essentiel c’est la vie, la recherche de la vie ?

 

La recherche pour la recherche est insuffisante. Nous en avons vu précédemment les dangers. La recherche est comparable à un voyage. On ne saurait être toujours en voyage. Il importe de s’asseoir et de rester tranquille, sans pour autant se demander si on a réalisé des progrès dans l’ordre de son perfectionnement intérieur. Une telle question posée à soi-même serait absolument oiseuse. Certes, la lampe doit être allumée par un tison. Quand la lampe éclaire, le tison est devenu inutile. Il est impossible de saisir l’instant où la clarté se répand. On sait seulement qu’auparavant on ne voyait pas et que tout d’un coup on voit. L’important est que cette luminosité puisse s’amplifier. Hélas on peut retomber mille et une fois dans la nuit des doutes et de l’inquiétude. Si nous tentons de réfléchir comment s’est opéré le passage de l’obscurité au jour, nous pouvons alléguer des méthodes, des techniques, mais nous savons bien que ce ne sont pas elles qui ont fait jaillir l’éclair. A un instant, il y a eu grâce, une mystérieuse grâce. Les paupières ont été soulevées et le regard voit ; les voiles qui obscurcissaient sont soudainement tirés. Le visage intérieur porte des traces de brûlures. Comment s’est opérée la brûlure, comment a pu surgir l’expérience de la vision, comment le tison a-t-il allumé la lampe, on l’ignore…

 

Est-ce que dans notre civilisation moderne, industrielle, il y a quelque part un tison qui est susceptible d’allumer la lampe ?

 

Vous me posez une question terrible. J’ose espérer que oui, il y a des moments où j’en doute. J’ai pensé durant longtemps que dans les ordres religieux, les grands ordres comme les chartreux, cisterciens, bénédictins, il y avait là des tisons, je le pense encore mais je crois que le poids des institutions, des statuts, des règlements empêche parfois que la lampe ne devienne un phare. Au fond je comprends très bien que des hommes qui veulent s’adonner à une recherche spirituelle quittent le monde. Quand je dis le monde, j’entends la mondanité. Je pense qu’il est extrêmement difficile dans notre civilisation actuelle, dans un pays comme la France par exemple, de vivre intensément une vie intérieure : tout barre, bloque, isole, tout fait que l’être en vraie recherche devient marginal alors qu’il devrait y avoir des contacts, des échanges pour se réanimer en cas de disette. Or cela est très rare. L’homme qui s’oriente vers une voie de libération est condamné à la solitude du seul fait de son choix. Cette solitude devient son paradis quand il comprend qu’il peut tout découvrir en lui. Certes on aurait besoin parfois de pouvoir échanger, de trouver des compagnons de route. Le groupe peut convenir à certains ; pour d’autres, il serait un poids intolérable, un piège. Les canards sauvages volent en compagnie, les oies sauvages aussi ; beaucoup d’oiseaux sont des solitaires. C’est à chacun de savoir à quelle race il appartient. Nous sommes tous terriblement faibles, la misère humaine est écrasante. Tout dans notre civilisation est arrêt, frontière et limite pour empêcher que le tison s’enflamme.

 

Il est bon pour certains chercheurs de se grouper. S’il y a groupe, collectivité, aussitôt surgit le gros animal au sens de Platon, dont Simone Weil a si bien parlé. La vie érémitique m’apparaît d’une incomparable excellence. Je crois en la valeur de la vie érémitique tout en pensant qu’il y a un grand pourcentage d’échecs ; pourquoi ne pas parler d’un érémitisme intériorisé ?

 

Autrement dit, un homme ou une femme qui aspire à un bonheur tout à fait légitime et qui est confronté à des problèmes quotidiens, des problèmes familiaux, professionnels, sexuels, ne peut pas espérer ?

 

Il ne s’agit pas d’espérer ou de désespérer. Que l’homme soit solitaire ou non, il est toujours un homme. Le solitaire qui entretiendrait en lui des rêves, des désirs, des convoitises n’est pas un ami du silence et de la solitude. Il ne s’agit pas non plus de sexualité. Je préfère le don Juan, le débauché au solitaire refoulé ou encore à celui qui nourrirait avec bonne conscience des transferts tout en étant privé de vie sexuelle. Le problème ne se situe pas du tout à ce niveau, mais à l’égard des « soucis » que tel ou tel mode de vie provoque.

 

Le bonheur n’est promis qu’à ceux qui sont moines ou mystiques?

Encore une fois, que signifie le bonheur ? Il faudrait s’entendre sur ce terme, le bonheur varie avec chaque personne, il n’existe pas de définition fixe du bonheur, c’est indéfinissable. Le bonheur peut naître d’une rencontre, d’une recherche, d’une vision intérieure ou extérieure.

 

Donc pourquoi s’isoler nécessairement ?

 

Il ne s’agit pas de vouloir s’isoler. En dehors du choix d’un lieu solitaire, le sage s’isole en raison de son orientation qui l’éloigne du commun des hommes. Il importe de laisser à chaque être la liberté de ses options, sans faire intervenir des notions de valeur. A chacun sa route. Les chemins choisis n’ont pas à être comparés. Celui qui prend une dimension verticale devient efficace à l’égard de tous les autres hommes.

 

C’est contraire à l’isolement précisément ?

 

Mais il n’est pas strictement nécessaire de communiquer par la parole ou par l’écriture. Le vivant communique la vie, le libéré la libération, par le seul fait d’être vivant et libéré, sans avoir pour autant besoin de voir, d’entendre ceux à qui il apporte la vie et la libération. Le libéré perçoit au-dedans de lui les appels de ceux qu’il aide à prendre conscience des semences de vie qu’ils possèdent en eux-mêmes. Les hommes libérés ne fécondent pas ; ils collaborent à l’apparition d’une vie nouvelle. Tout se passe dans l’anonymat, à l’égard du don et de sa réception. Il n’existe pas seulement les appels des hommes en voie de libération. Il se présente un autre appel, dont le cri est perceptible l’audition intérieure, celui de l’Esprit, présent dans le cœur de l’homme, en attente d’être découvert et reconnu. De toute manière, la véritable connaissance est incommunicable par la parole. S’il existe des êtres vraiment libérés, qui sont parvenus à la libération…

 

Certains l’affirment.

 

Ils sont en harmonie avec l’univers et communiquent leur connaissance et leur amour. Toutefois, aucun homme ne peut dire de lui-même qu’il est libéré. Sa lucidité lui permet de prendre conscience de la distance qui le sépare de la véritable libération. A ce propos, il me semble que le chrétien « intériorisé » possède une plus grande conscience de sa fragilité humaine que le « jivan mukta ». Sans doute, parce qu’il entretient en lui un sens particulier de la chute et une vision de l’imitation du Christ considéré comme modèle exemplaire. Ceci est d’ailleurs plus valable pour hier que pour aujourd’hui. Bouddhisme et Christianisme, ou du moins Védanta et Christianisme ont durant longtemps tendu à exalter l’Esprit et à minimiser le corps. Il n’en est pas de même avec les Tantras qui mettent volontiers l’accent sur le corps. Les tendances actuelles du Christianisme et du Yoga sont de réhabiliter le corps et de telle manière que l’intérêt pour le corps domine. Les plateaux de la balance ont modifié leur équilibre ; on assiste ainsi à un jeu de bascule. Nombre de chrétiens exagèrent aujourd’hui l’importance donnée au corps et à ses instincts, ce qui les conduit, en les déséquilibrant, à une certaine désintégration et à la perte d’une harmonieuse unité.

 

L’homme est toujours l’homme — indépendamment du flux de l’histoire et des changements de civilisations. L’essentiel demeure inchangeable. Les modifications ne peuvent concerner que le fatras qui s’est ajouté au cours des siècles et qui doit bien entendu être rejeté. Mais il importe de ne pas jeter l’enfant avec l’eau du bain, sinon tout est détruit. Pour les judéo-chrétiens, les Écritures sacrées demeurent essentielles, même si on les lit avec un regard neuf. Vouloir à tout prix s’adapter en se prostituant à un nouveau type d’humanité, qui ne peut être que passager, m’apparaît dérisoire. Vouloir à tout prix s’insérer dans une nouvelle et passagère forme de culture me semble une erreur. Certes, le Bouddhisme et le Christianisme ont été à l’origine des mouvements révolutionnaires et ils devraient l’être encore à l’égard d’un monde qui se matérialise de plus en plus et dont la confusion est une des notes dominantes. En méprisant ou en oubliant les lois profondes qui régissent l’homme et l’univers, on détruit les racines de l’homme et de l’univers. La recherche intérieure ne saurait pactiser avec une civilisation matérialiste. Certains moines bouddhistes et certains moines et religieux chrétiens ont totalement changé de comportement à l’égard de leur insertion dans le monde. Auparavant ils refusaient un engagement politique et maintenant ils le réclament en risquant de se désintéresser de ce qui devrait constituer l’essentiel de leur démarche. Il est important de constater, à l’intérieur de la vie monastique, les parallélismes entre l’Orient et l’Occident, à l’égard d’une évolution commune. Il existe, de part et d’autre, ce qu’on appelle une « ouverture au monde » qui tend à séculariser les métaphysiques et les religions et à les réduire à une seule dimension humaine. Qu’on allège le poids du dogmatisme, qu’on enlève les additions inutiles, qu’on détruise les superstitions serait normal et juste. Mais qu’on élague l’essentiel pour mieux adapter les religions au monde moderne, en voulant à tout prix les réduire pour les rendre acceptables, m’apparaît une grave erreur. Sous prétexte de favoriser l’incarnation créatrice de l’homme on le coupe de ses traditions qu’il importe de ne jamais confondre avec les institutions et les mesures disciplinaires. Celles-ci correspondent à des époques déterminées et font ainsi partie de l’histoire, il est donc possible de les récuser. Souvent, ce sont les laïcs qui possèdent le sens de la véritable réalité spirituelle et en réclament le respect. Je ne pense pas que ces métaphysiques et ces religions à dimension uniquement humaine conviennent à l’homme d’aujourd’hui et de demain. Toutefois cette destruction est peut-être nécessaire pour mieux faire jaillir quelque chose de neuf, de moins impur et de plus vrai.

 

Que voulez-vous dire ?

 

Comment ne pas penser à l’avènement d’une religion non plus de l’âme mais de l’Esprit, dans laquelle l’homme devient son propre temple. Le Christ lui-même y a fait allusion dans son dialogue avec la Samaritaine : « Il viendra un temps où on adorera le Père en esprit et en vérité. » Nous savons qu’aucun replâtrage ne serait efficace, le vin nouveau ne fait-il pas éclater les vieilles outres ? Certains hommes ont toujours compris l’importance de l’église intériorisée et la valeur de l’expérience personnelle. La pusillanimité doit être abandonnée au profit de l’audace. Il ne s’agit pas de donner le primat à l’introversion ou à une introspection psychologique qui seraient l’une et l’autre tout à fait vaines. La « nouvelle alliance » peut résider dans la rencontre de l’homme dans l’Esprit Saint qui l’habite et dont il a trop souvent ignoré la présence. Joachim de Flore a prophétisé cette nouvelle ère. Des hommes peu nombreux l’ont vécue et la vivent car ils ont été fidèles à l’Esprit ; il est possible qu’elle se généralise. Une telle découverte supprime les ghettos et rend attentif et ouvert aux diverses traditions qu’elles soient chrétiennes ou non. Le monde moderne apparaît coupé de Dieu car il est idolâtre. Que l’homme puisse en s’intériorisant faire l’expérience de ses propres lois, il retrouve aussitôt sa structure et son Dieu cesse d’être une idole construite par ses soins ; alors il devient un contemplatif voué à la vision des choses divines soudain dévoilées, grâce à l’orientation de son regard. Tout s’opère par transparence dans l’apparition de la lumière. Ainsi l’homme pourra apprendre à vivre en lui-même, afin d’habiter avec lui-même. La plupart des hommes vivent en dehors d’eux-mêmes, dans l’extériorité. Ils sont exilés de leur vraie patrie sans pour autant ressentir l’épreuve de l’exil. Habiter avec soi-même suppose tout d’abord de se connaître. La connaissance de soi est à la base de toute démarche conduisant à la découverte de l’intériorité. La contemplation — qu’on peut d’une certaine manière envisager comme une sortie de soi — doit plutôt se comprendre comme un déploiement de son centre, permettant ainsi la connaissance spirituelle, celle du monde des intelligibles. A cet instant, les réponses données à ses propres questions ne proviennent plus du dehors mais du dedans. L’homme est devenu en capacité d’écouter son maître intérieur et d’une certaine manière il se suffit.

 

Vous me parlez de sages, d’hommes qui semblent vivre dans la liberté et la sérénité ; disons que cela peut paraître très utopique. Ni les contes de fées ni les romans de science-fiction n’osent imaginer un homme tel que vous venez de le décrire ?

 

Je comprends que cela puisse paraître absolument ridicule et fou. Je m’imagine même qu’il va venir un temps — et il est sans doute très proche — où si quelqu’un parle de sagesse, de vie spirituelle, on l’arrêtera pour le placer dans un asile, afin de le soigner. Néanmoins je ne crois pas du tout que ce soit une utopie ou un mythe mais une réalité. Les fils de lumière ne sont pas toujours repérables là où on penserait normalement les trouver. Dans les métaphysiques, dans les religions, on est parfois trop lié à des habitudes, trop dépendant d’un passé autoritaire, terriblement lourd, qui frustre l’homme et l’empêche vraiment de vivre la vraie vie. C’est à l’intérieur de ces formes et en dehors d’elles qu’on peut trouver des hommes humbles, simples, vrais, authentiques. Il convient de se servir de méthodes pour arriver à la libération, tout en les quittant à un moment donné. Vous savez, on dit toujours : « quand le tison a allumé la lampe, on n’a plus besoin du tison ». Les formes, les techniques, les méthodes nous aident à allumer le tison, mais il importe de ne pas être aliéné par elles.

 

La voie selon vous c’est une voie de dépouillement, une voie vers la « pauvreté en esprit », Simone Weil parlait de « décréation » ?

 

C’est bien une voie de dégagement plus que d’acquisition, et par conséquent de « pauvreté en esprit » et de décréation. C’est la seule voie qui m’apparaît conduire à la connaissance et à l’amour : un amour inconditionnel. Aimer autrui sans pour autant exiger un mouvement de retour. Il est extrêmement difficile de savoir aimer, parce qu’aimer c’est vouloir le bien de l’autre et il se peut que le bien de l’autre ne corresponde pas avec mon bien.

 

Aimer ses ennemis ?

 

Il y a un moment où l’on n’a pas d’ennemis. Les pointes des flèches lancées ne peuvent faire mouche, par conséquent elles ne blessent pas vraiment. Mon « ennemi » me rend service car il m’oblige à un détachement, il me contraint, peut-être, à distinguer quelque chose de vrai en moi que je ne connaissais pas. Je pense, d’ailleurs, qu’on souffre davantage par ses amis que par ses ennemis. Des premiers on attend chaleur, tendresse et compréhension. Des seconds on n’attend rien, aucune déception ne peut surgir. Je crois profondément à l’amitié, à condition que les amis ne vous figent pas, acceptent avec intelligence les mouvements, disons même les changements qu’un approfondissement engendre. Il convient de ne jamais souhaiter d’être compris par ses amis et ne pas s’affliger de leurs réactions. Le mieux est de ne pas provoquer leur étonnement et de suivre simplement son chemin en respectant les voies des autres, étant plus attentif à la beauté de leur luminosité qu’à leur ombre. C’est sur ma propre ombre que je dois tenir mon regard. L’homme est à la fois ombre et lumière. Il importe donc que je décèle mon ombre et que je l’assume sans pour autant la nier. Si j’assume mon ombre, elle va pouvoir se transformer. Sinon elle deviendra de plus en plus épaisse et elle risquera de m’accompagner sans que je la découvre pour lui faire subir une complète métamorphose.

 

On voit la lumière, mais l’ombre ? C’est toujours par rapport à autre chose.

 

C’est toujours par rapport à la lumière. Là où la lumière jaillit l’ombre l’accompagne. Cependant il existe la lumière du plein midi ; c’est vers elle que tendent les sages. L’homme libéré atteint cette plénitude de lumière durant certains instants privilégiés. Dans les meilleurs cas, il peut s’y fixer, s’asseoir au sein de cette lumière. Bernard de Clairvaux a parlé de cette lumière, en disant : « O éternel solstice, ô lumière du plein midi ! »

 

Il est évident que ce terme est rarement atteint. C’est pourquoi il est nécessaire auparavant de prendre conscience de son ombre, d’en mesurer l’épaisseur. Si l’ombre est perçue comme une absence de la lumière aimée, cette vision peut engendrer un mouvement dynamique. Qu’elle soit acceptée comme privée d’importance, que l’homme se vautre dans son ombre avec complaisance, la conscience est aussitôt coagulée dans son obscurité. Et l’ombre devient prison. Comme l’a montré Boehme dans le Mysterium Magnum, les ténèbres — qu’il conviendrait d’ailleurs de distinguer de l’ombre — sont ennemies de la lumière et cependant elles peuvent en provoquer la révélation. S’il n’existait pas de blancheur — disait Boehme — la noirceur n’apparaîtrait pas. Voir sa noirceur n’est pas aisé, surtout si on tente de la regarder en face. A l’égard d’autrui, un sage peut la montrer dans la mesure où une demande lui est directement adressée. Si le questionneur est déjà structuré et possède une certaine connaissance de lui-même, la réponse sera acceptée avec simplicité. Sinon la vision de l’ombre présentée, même à travers les reflets d’un miroir, fera l’effet de cette torpille dont a parlé Socrate et qui fâchait ceux qu’elle atteignait.

 

Cela été très loin puisqu’il a été condamné.

 

La révélation offerte par un sage n’est jamais cruelle. Elle émane d’un amour privé de jugement. Elle veut le bien de celui qui interroge. Dans ce cas, la révélation ne blesse que les yeux chassieux, c’est-à-dire le regard intérieur incapable de supporter l’éclat de la réalité. Par contre, l’homme grossier projette sur les autres sa propre ombre. Son cœur de pierre lapide autrui avec agressivité. Se nourrissant de laideur, il s’abandonne aux bavardages chargés de médisances et de calomnies. Ni les unes ni les autres n’atteignent l’homme de lumière. Le sage possédant un cœur de chair et non de pierre peut comprendre la malignité. Toutefois, il s’écarte volontiers des hommes vulgaires, non par mépris mais parce qu’il convient de leur laisser accomplir leurs propres mutations.

L’homme orienté vers l’acquisition de la sagesse est pourvu de discernement. Il ne saurait confondre les eaux polluées avec l’eau vive. La tragédie consiste à tenter plus ou moins vainement de découvrir la source pure. Elle est cachée et mystérieuse. L’erreur serait de vouloir évacuer le mystère. « Gardez le mystère, il vous gardera », dit une Ode de Salomon. Certes, il existe des instants dont l’intensité permet d’avoir une expérience de l’approche de la source. Mais le plus souvent, nous ne découvrons que des filets d’eau s’écoulant entre les rives. Nous regardons l’eau dans son mouvement, alors qu’il importerait de la contempler dans le jaillissement de sa pureté originelle. Dans le désert aride de l’existence, les points d’eau coïncident avec des instants d’éternité ; ils sont en nous et par reflets en dehors de nous. Ainsi, la beauté de la nature nous livre un enseignement. Un simple gazon ensoleillé évoque une végétation paradisiaque. La source lumineuse peut filtrer à travers un visage éclairé, un regard d’homme ou d’animal, un geste spontané ou dans des paroles ; un silence provenant du cœur nous atteint au centre de nous-mêmes. Une sculpture, un tableau, une mélodie, la sonnerie des cloches des vaches broutant dans les alpages nous remettent en mémoire ce que nous oublions. Au-dehors, nous percevons des appels. En nous invitant à répondre, ils nous replacent sur la voie que nous avons pu momentanément abandonner par distraction, divertissement ou même par oubli. Toutefois l’homme ne se désaltère qu’au-dedans de lui-même.

Dans certains cas, c’est peut-être à l’instant ultime de la mort que l’homme découvre, d’une façon plénière, la lumineuse source qu’il porte en lui. Une telle vision dépend sans doute de l’orientation et de l’intensité de son regard durant son existence. Nous marchons à tâtons vers elle, mais nous marchons. A chaque pas, la capacité intérieure se déploie. La source a soif d’être bue, dit Irénée de Lyon. Si nous avons soif de la boire, il est impossible de ne pas la rencontrer...Eric Edelmann : L’instant ultime entretien avec Marie-Madeleine Davy...

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***La Nature et sa symbolique***

Marie-Madeleine Davy a consacré une partie importante de son œuvre à la question de la symbolique des éléments naturels dans l’expérience spirituelle. Ainsi l’oiseau enseigne à l’homme le secret des secrets : tracer son propre itinéraire sans se comparer à autrui. Savoir que la nuit obscure engendre l'aurore.La montagne, lieu de l’effort et de l'initiation, de la solitude et de l'universalité, mais aussi de l'émerveillement, est la voie royale qui nous mène au pays de la découverte de soi, aux cimes spirituelles de la sagesse.Les nuages, enfin, symboles de fécondité et de douceur par la pluie qu'ils recèlent sont des appels à l'invisible. Ils invitent à la quête autant qu'à la contemplation.Le présent volume rassemble pour la première fois trois textes fondamentaux de Marie-Madeleine Davy : L’Oiseau et sa symboliqueLa Montagne et sa symbolique, ainsi que sa contribution au volume collectif Les Nuages et leur symbolique...

 

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***Le Désert intérieur***

Le désert a toujours fasciné les hommes épris d'absolu. Les sables d'Egypte ont eu leurs ermites et le peuple juif est passé par l'épreuve du désert.Le désert géographique symbolise celui du dedans, qui n'est pas un lieu mais un état d'écoute, de vision, de rencontre. Après avoir été le creuset de décantation où l'or a pu se dégager de sa gangue de plomb, le désert appelle l'alliance, l'unité. Mais les revêtements arrachés entraînent parfois avec eux des lambeaux de chair vive, des options, voire des certitudes. Tout est remis en question.Abandonner le monde, c'est se quitter soi-même. S'éloigner de la foule, c'est rompre avec la conscience grégaire où l'on menace de s'endormir.Par la nudité qu'il exige, le désert provoque un éveil qu'il convient de couver dans la solitude. L'habitant du désert se doit d'y consentir. Si, conduit par l'Esprit, il pénètre silencieusement dans son fond, il fait sien le conseil donné par Hésyclius de Jérusalem : "Emerveille-toi, alors tu comprendras !"Devant la crise qui ébranle métaphysiques, religions et valeurs, le désert intérieur n'est pas un refuge et n'offre aucun abri : il invite aux métamorphoses...

Ob 152265 la vache rose marie madeleine davy 1Citations de Marie-Madeleine Devy...Source....https://www.babelio.com/auteur/Marie-Madeleine-Davy/27177/citations

 

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Publié par Cristalyne 02 Novembre 2017  Colonne de feu 2

 

 

 

 

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